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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 21:06

Depuis quelque temps, j'avais le sentiment de vivre dans un monde, ou plutôt un pays de défiance. Cela se remaque tous les jours, que ce soit dans les transports, sur la route, ou au travail.

Il ne s'agit pas de la peur face à la montée de la déliquance ou des actes d'incivilité, peur en partie fondée, entretenue et alimentée par une certaine classe politique incapable de résoudre les problèmes.

Il s'agit plutôt de comportements quotidiens et généraux. Par exemple, dans le métro, si des personnes montent avant que tout le monde soit descendu, il est généralement considéré que c'est un problème d'individualisme et d'égoïsme. Il en va de même en voiture lorsqu'une voiture s'engage dans un carrefour encombré, au risque de le bloquer encore davantage.

Il s'agit certes d'individualisme basiquement idiot, mais pas seulement, à mon avis. Je me suis surpris à certains moments être tenté, voire contraint, de monter aussi dans un métro ou à m'engager dans un carrefour au mauvais moment, non pas par individualisme, mais de peur de ne jamais pouvoir y arriver, les autres ne m'en laissant pas la possibilité.

Par manque de confiance en mes semblables, je me sens contraint de lutter pour conserver ma place, étant certain que quelqu'un va me la prendre, au risque d'adopter un comportement que je condamne.

Observant les autres passagers dans le métro, j'ai eu le sentiment que certains ressentaient la même chose, qu'ils montaient sans laisser complètement descendre de peur de se faire rejeter par des personnes inciviques.

Sur le plan professionnel, j'ai constaté un manque de confiance, non pas tant entre collègues - je suis plutôt épargné de ce côté pour le moment, une chance - mais de la part des organes de contrôle des grandes entreprises.

En quelques années, le nombre de règles, de procédures, de contrôles a terriblement augmenté, allant toujours dans le même sens, celui de la défiance de l'exécutant. L'entreprise recrute des salariés sur un critère de compétence, elle leur demande un maximum de sérieux, d'implication et d'initiative. Ensuite, considérant que ce salarié compétent est susceptible de commettre des erreurs, elle va établir des procédures de contrôle de production, à toutes les étapes de celle-ci.

Il est évident que certains contrôles sont nécessaires, notamment dans le cadre d'un processus industriel, et qu'il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Toutefois, dans le cas d'une profession intellectuelle, où l'appréciation du salarié surdiplomé est primordiale, il peut être démotivant, décourageant, et même contre productif de contrôler toutes les étapes, même les plus simples. L'entreprise a perdu la confiance en ses propres salariés, ceux qu'elle a recrutés et formés.

Enfin, en ce qui concerne les lois qui gouvernent notre quotidien, je constate également qu'elles donnent la primauté à la répression plutôt qu'à l'éducation et à la responsabilisation. Les politiques semblent voter des lois stupides et souvent inefficaces, considérant que les citoyens ne sont pas assez intelligents pour comprendre, et qu'il vaut mieux leur donner un grand coup sur la tête au lieu de les instruire.

C'est par exemple le cas des législations sur l'alcool ou sur la sécurité routière.

Tout à ces réflexions, je suis tombé sur un livre, de Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg, intitulé La fabrique de la défiance... et comment s'en sortir.

 

C'est un live fort insctuctif, qui je l'avoue m'a conforté dans mon opinion, faisant le constat que la France vivait sous un régime de défiance, en donnant des explications, ou du moins des pistes, et en tentant de trouver des solutions.

Le constat est que la France est presque un pays de castes, composé de groupes fermés sur eux mêmes, des tribus en quelque sorte. Il faut ajouter à ce foncitonnement (certes non institutionnel) de castes un fort individualisme culturel, et un corporatisme fortement développé ; mais ce corporatisme n'est-il pas finalement un individualisme de groupe ?

Parmi les raisons, il y a le fonctionnement de l'école française, école au fonctionnement vertical, dans laquelle le maître, du haut de son estrade, délivre la bonne parole, puis sanctionne celui qui la répète mal. C'est une école qui favorise le bon élève et enfonce le mauvais, au lieu de faire progresser chacun en fonction de ses capacités.

Cette école accentuerait donc les différences sociales et contribuerait à maintenir une élite refermée sur elle-même et ne se renouvelant jamais.

C'est ainsi que la classe politique ne se renouvelle pas, qu'elle tourne sur elle-même, n'accueillant que des personnes issues du même milieu et des mêmes systèmes de formation. Cette élite gouverne, aveuglément, sans connaître ni prendre en compte les problèmes du peuple. De ce fait, les lois ne sont pas reconnues et surtout pas respectées, car personne ne leur fait confiance.

Ce livre présente des analyses fort intéressantes et des diagnostics pertinents sur les maux de notre société.

Il présente par contre le défaut de trop souvent se fonder sur des enquêtes statistiques et des sondages, alors que la société ne peut pas se résumer autant à des ensembles de chiffres.

Autre bémol, les solutions promises sont franchement maigres. Mais peut-être la solution serait tout simplement de supprimer les problèmes.

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