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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 21:36

Fin août, grosse chaleur sur Tôkyô : soleil et humidité fatiguent les organismes, les nuits sont difficiles. Malgré tout, nous avions décidé de faire l'ascension du Mont Fuji, montagne sacrée, emblême du Japon. Après tout, pour qui aime le Japon, quel hommage plus beau et plus évident ?

L'ascension peut se pratiquer de jour, mais il est traditionnel d'admirer le lever du soleil au petit matin, donc la plupart des grimpeurs montent la nuit afin d'arriver à l'aube. C'est ce que nous faisons.

Dans la journée, nous préparons notre sac, sachant qu'il ne s'agit pas d'une petite promenade digestive : polaires, anorak, bonnet, gants, frontales, masques, nourriture et boissons énergétiques, 2 litres d'eau, oxygène...

En fin d'après-midi, nous nous rendons à la gare routière de Shinjuku, pour prendre le bus de 18 h 00, dont nous avions réservé les billets plusieurs jours à l'avance.

L'ASCENSION DU MONT FUJI

Nous sommes mélangés à de nombreux touristes, de tous horizons. Le trajet est assez long, plus de deux heures, et nous arrivons de nuit, à la station numéro 5, vers 2 300 mètres d'altitude.

A cette altitude, il fait déjà beaucoup plus frais qu'à Tôkyô, au point que nous sommes obligés d'enfiler une première épaisseur. Par contre, comme à Tôkyô, ou n'importe où au Japon, le parking est bordé de boutiques vendant des souvenirs, dont la mascotte du Mont Fuji. Même lui n'est pas épargné. Le nom de sa mascotte : Fujichan, tout simplement, le jeu de mot était inévitable.

L'ASCENSION DU MONT FUJI

Après avoir fait le tour de la boutique, nous prenons le départ, en suivant le chemin Yoshida : 6 kilomètres, 6 heures au moins.

L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI

Lampes frontales allumées, nous avançons tranquillement, dans une fraicheur agréable. Le chemin, fait de cailloux volcaniques, craque sous les pieds, le ciel est clair, et en contrebas, les lumières des villes scintillent. C'est beau. La progression se fait aisément, sans aucune difficulté physique. 6 heures de marche nous attendent, mais si nous gardons ce rythme, nous devrions mettre beaucoup moins de temps.

Rapidement arrive la première station, que nous dépassons sans nous arrêter. C'est là que les difficultés commencent. Le doux chemin de gravier, en légère pente et au revêtement agréable devient amas de rochers. La progression ralentit considérablement, le souffle se fait d'un seul coup plus court. Il faut utiliser les mains, les genoux, et malgré les interdictions, nous nous accrochons parfois aux clôtures qui bordent le chemin.

La route jusqu'au sommet se révèle finalement pénible, même si ce n'est pas de l'alpinisme. Le chemin est raide, parfois étroit, accidenté, et l'oxygène, donc les forces, finissent par déserter.

Régulièrement, nous passons devant des refuges, dans lequels des personnes se reposent et se réchauffent en buvant un coup. Dans certains se trouvent des dortoirs, où certains grimpeurs se reposent quelques heures.

L'ASCENSION DU MONT FUJI

Au fur et à mesure de l'ascension, les grimpeurs se font de plus en plus nombreux. Nous finissons par nous arrêter, fatigués, sans forces, pour nous ravitailler, en énergie et en oxygène. Le départ est lent, nous sommes bloqués par un embouteillage de grimpeurs. Nous serons pris dans cet embouteillage jusqu'au sommet.

Nous sommes entourés d'un foule innombrable, des Japonais, mais aussi beaucoup d'étrangers, Américains, Allemands, et j'en passe. Bien que nous ayons l'impression de tout le temps nous arrêter et de ne pas avancer, nous retrouverons jusqu'au sommet les mêmes personnes.

La diversité des grimpeurs est étonnante : couples, groupes d'amis, familles avec enfants, mais aussi des classes de lycéens, encadrés par les responsables de classe. Ils font preuve d'une grande solidarité vis-à-vis des plus faibles, s'appellent, s'encouragent, s'attendent, se soutiennent. Je suis également étonné de voir des octogénaires, qui ne semblent pas peiner plus que nous.

En regardant en direction du sommet, nous pouvons voir la lumière des refuges et des stations, mais aussi le chemin, un long chemin de lumière qui serpente jusqu'à l'arrivée. A ce moment, ému, je me rends compte que je ne suis pas au milieu d'une randonnée, mais d'un pélerinage. L'ascension prend une nouvelle dimension.

Sur le bord, des personnes se reposent, certaines sont malades, mais tout le monde finit par continuer. Finalement, les abandons sont extrêmement rares. Mes jambes n'ont plus de force alors qu'il reste encore plusieurs heures, chaque rocher, chaque marche est une épreuve, je n'ai pas la moindre énergie. Je n'ai pas mal, non, c'est juste que je suis vide.

Toutefois, toutes ces lumières, toutes ces personnes, ces personnes âgées qui avancent, la solidarité de ces lycéens qui doivent tous arriver en haut ensemble, et qui se soutiennent avec la douceur typique des Japonais, ne me donnent certes aucune force physique, mais une énorme volonté de continuer. Ce n'est que cette volonté qui me fera tenir jusqu'au bout, malgré une forte envie d'arrêter qui me taraude. Après tout, ce n'est qu'une histoire de patience. Cela prendra le temps que çà prendra, ce n'est pas une course.

Nous continuons d'avancer, nous arrêtons fréquemment. Les pauses reviennent de plus en plus souvent à mon goût, mais elles sont inévitables. De plus, le chemin est de plus en plus étroit, renforçant l'embouteillage. Après chaque virage, je m'accroche au suivant, en essayant de suivre le mouvement.

Par ailleurs, le froid est vif, renforcé par un vent assez fort. Malgré les bonnets, gants, anoraks et épaisseurs multiples, nous avons froid.

Puis, progressivement, le ciel commence à prendre une légère clarté. C'est à ce moment que le chemin raidit encore plus, et devient plus étroit. De plus en plus de personnes sont arrêtées. Des volontaires, sur le côté, debout en haut des rochers, munis de porte-voix, ordonnent de continuer pour ne pas bloquer le chemin. Chacun fait ce qu'il peut, je pense que tout le monde est à bout de forces.

L'aube commence à poindre, et le torii gris apparaît en haut du chemin. Nous touchons au but. Finalement, nous allons y arriver. Je n'ai pas mal, j'ai juste l'impression que mon corps avance tout seul, comme si ce n'était pas le mien. Je ne ressens même plus les émotions ressenties deux-trois heures auparavant.

Nous passons sous le torii. Nous y sommes. Nous nous retournons pour apercevoir les premières lueurs du jour et les lumières des villes pointant entre les nuages. Nous pouvons à nouveau prendre des photos. Malgré la foule, il règne un grand calme. Nous sommes vides, mais heureux.

L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI

Le sommet se présente d'abord comme un village, bordé d'un côté par le précipice et la vue sur les nuages, de l'autre côté par des petits bâtiments en bois abritant des boutiques de souvenir, un temple, un café...

Au bout de cette quasi-rue, la nature revient, pierreuse, volcanique. C'est là que nous attendons le lever du soleil, symbole de ce pays, pour ainsi dire le premier soleil du monde. Malgré les nuages, le spectacle est magnifique. Nous ne sommes pas seuls.

L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI

Le soleil levé, nous allons déambuler dans la rue, voir les boutiques, acheter quelques cartes postales et timbres, un amulette, puis nous prenons un café chaud dans la salle de restauration. Celle-ci est simple, composée de banquettes sur lesquelles les pèlerins se serrent, pressés par un serveur on ne peut plus brutal et malaimable. La chaleur nous fait du bien, malgré tout.

L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI

Nous nous apprêtons enfin à descendre, par un autre chemin. Nous passons d'abord devant le cratère, puis empruntons un chemin longeant le précipice, face au soleil, au dessus de la mer de nuages, qui commencent à disparaître par endroits, dégageant des trouées vers la vallée.

L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI

Enfin, nous amorçons la descente. Le chemin est accidenté, la pente parfois raide. La chaleur augmente au fur et à mesure, nous enlevons les épaisseurs petit à petit. Nous croisons les personnes qui montent. Nous savons qu'il leur reste encore beaucoup de temps.

La fatigue étant bien présente, et le chemin glissant, nous tombons plusieurs fois, et nous ne sommes pas les seuls. Il faut bien se concentrer, garder son équilibre, et bien prendre ses appuuis entre les rochers et les zones de cailloux fins. Progressivement, les nuages disparaissent, et la verdure revient. Nous faisons face au soleil, la vue est magnifique en permanence.

Arrivés au parking des bus, nous sommes épuisés, nous avons à nouveau très chaud, mais nous sommes récompensés... par la présence de la ravissante Miss Fuji, qui se prépare pour une interview. Le spectacle aura été sublime jusqu'au bout.

Mais finalement, le plus dur sera de grimper les escaliers le lendemain.

L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI
L'ASCENSION DU MONT FUJI

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