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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 18:04

Il est souvent déploré que nos sociétés modernes occidentales sont individualistes. C'est même devenu un lieu commun. Nous serions, nous, citoyens de pays riches capitalistes, devenus égoïstes et indifférents aux autres.

Il est vrai que le repli sur soi n'est pas un mythe, il n'est que de constater au quotidien le manque de civisme de certaines personnes, d'autant plus flagrant dans des lieux très fréquentés, où le civisme et l'attention aux autres permettraient d'augmenter la fluidité et de diminuer le stress.

Ces individus repliés sur eux-mêmes ne sont toutefois pas des solitaires, mais cet individualisme s'exerce également de façon collective, le citoyen se regroupant alors en tribu, c'est à dire entre personnes du même monde, de la même origine, notamment sociale.

L'individualisme est souvent vanté, principalement en France, comme une forme de liberté. Il y a alors confusion entre liberté individuelle et égoïsme. Nous n'allons pas rouvrir ce vaste sujet, mais la liberté n'est pas qu'individuelle, elle peut être aussi collecive. En outre, la liberté doit évidemment toujours s'exercer dans le respect de codes sociaux visant à maintenir l'équilibre du groupe auquel on appartient, car l'individu, qu'il le veuille ou non, est partie d'un groupe. Le bon équilibre consistera alors à ce que l'individu respecte les lois du groupe et ses autres membres, sa liberté devant être en retour garantie par le groupe et les autres membres.

Il n'est cependant pas interdit à un individu d'être indépendant, dans la mesure du possible. Il n'est après tout pas nécessaire d'imposer à une personne qui ne le souhaite pas de s'intégrer systématiquement à un groupe et à toutes ses contraintes.

Mais l'individualisme dont nous nous plaignons n'est en aucun cas une forme d'indépendance. Bien au contraire, il s'accompagne d'une affirmation de soi, bien souvent excessive, d'un surdimensionnement de l'ego.

On le constate tous les jours avec la starisation de personnes on ne plus banales, voire complètement bas de gamme. Jusqu'à une époque récente, les stars étaient des personnes qui faisaient quelque chose. Ce pouvait être une activité anecdotique (Zidane, génie d'une activité fort secondaire, le football), ce pouvaient être des personnes au talent surestimé (Prince, génie autoproclamé de la musique mais surtout génie de l'imposture), mais elles produisaient quelque chose que le commun des mortels ne produisait pas.

Or, depuis l'arrivée de la téléréalité, les stars sont de parfaits anonymes, bien souvent bas de gamme mais fiers de l'être. C'est le règne des Loanna ou des Nabilla.

Parmi les non stars, on constate le phénomène de la survalorisation du banal. Habitant un quartier dit bobo, je croise quotidiennement ces personnes prenant la pose en permanence et s'émerveillant devant des banalités, comme si elles avaient eu le priviliège ou le génie de découvrir le Graal. Il suffit de laisser traîner les oreilles dans la rue ou sur le marché pour entendre des réflexions du genre : "j'ai découvert un nouveau restaurant, ils font des burgers absolument fantastiques" ; "j'ai découvert un nouveau concept, c'est un bar à cookies, c'est topissime" ; ou encore : "tu vas où ? Chez Picard ? Hmmmmmmm !!!" Comme si Picard était le temple de la haute gastronomie (c'est une très bonne enseigne, point).

D'ailleurs, à propos de Picard, on peut y trouver ce phénomène du "Moi Moi Moi". Picard est toutefois un exemple parmi d'autres. Par exemple, ils ne vendent plus de la sauce béchamelle ou de la soupe de carottes, mais "Ma sauce béchamelle" ou Ma soupe de carottes", que l'on ramène chez soi dans "Mon sac Picard".

Le "Moi" est encore affirmé, même si c'est pour une activité tout à fait ordinaire, et pratiquée par des milliers de semblables. De même, sur internet, on trouve "Mon panier", "Mon information", Ma météo", et sur le site de la banque, je peux consulter "Mes comptes", "Mes crédits", Mon épargne", Ma synthèse", "Mes virements", etc. Comme s'il était besoin de préciser qu'il ne s'agit pas des comptes de mon voisin.

Il faut simplement affirmer que c'est à moi, rien qu'à moi, et que ce moi est bien plus primordial et admirable que tous les autres mois.

 

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