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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 20:56

La France serait un pays conservateur. Je dirais plutôt que c'est un pays immobile, qui n'aime pas évoluer, mais qui a honte de ses traditions. Plutôt que des traditions, la France a des habitudes, qu'elle garde sans savoir pourquoi, et qu'elle essaie parfois de supprimer, également sans savoir pourquoi, donc à mauvais escient.

Parmi ces habitudes figurent l'enseignement du latin et les réformes de l'éducation nationale. La dernière réforme en date, énième du nom, cherche justement à réformer le latin, voir à le supprimer. Le débat fait rage dans le monde du mammouth obèse, chacun avançant ses arguments.

Etant sorti de l'école depuis longtemps et n'ayant pas d'enfant scolarisé, je ne me permettrais pas d'intervenir dans le débat sur les aspects pratiques, organisationnels de l'enseignement. Toutefois, je suis un ancien enfant, un ancien écolier, je constate au quotidien ce que l'enseignement m'a apporté de positif et de négatif, ainsi que ses lacunes. Je constate aussi les lacunes d'un enseignement plus récent sur les jeunes que je cotoie, en privé ou en entreprise, et sur les personnes qui s'expriment dans les médias.

J'avoue que les arguments avancés en faveur comme en défaveur du latin ne sont vraiment pas convaincants.

Ma vision de l'ensegnement, certes théorique, est la suivante. Son but devrait être d'éduquer, c'est à dire de donner aux enfants un maximum d'éléments leur permettant de faire face à tous les aspects de leur vie d'adulte. Cela passe donc par un ensemble de matières directement utiles et de matières moins directement utiles, afin de leur apporter des connaissances, mais aussi la curiosité, l'envie d'apprendre, l'esprit critique (dans le bon sens du terme), la rigueur intellectuelle, et des capacités à réfléchir. Cet enseignement devrait être modulé en fonction des besoins de chaque époque, ainsi que des appétences et des capacités de chaque élève. Il est évidemment idiot d'enfermer tous les élèves dans un même moule, il est tout aussi idiot de privilégier les plus doués en abandonnant les moins favorisés, tout comme il est aberrant de retenir les plus doués sous prétexte de construire un enseignement égalitaire.

Le débat sur l'enseignement du latin, et les arguments des uns et des autres est le reflet de l'incapacité de nos gouvernants de construire cet enseignement permettant à chacun d'apprendre et de progresser, en ayant un fonctionnement intellectuel aussi large que rigoureux.

Pourquoi faudrait-il supprimer le latin ?

Ce serait une matière inutile. C'est en partie vrai, même si le latin, langue racine du français, peut aider à sa compréhension, lexicale, syntaxique, culturelle, civilisationnelle. Il est indispensable de bien maîtriser sa langue, ainsi que la culture qui l'accomagne, et pour cela, le latin ne me paraît pas si inutile.

Par ailleurs, s'il fallait n'enseigner que des matières utiles, il faudrait aussi supprimer l'histoire, la géographie (un bon GPS et Google Map sont largement suffisants), la philosophie, la physique (inutile pour un agent immobilier, un gardien de la paix, un employé de banque...), etc. Il suffirait de réserver ces matières aux cursus spécialisés. N'apprenons qu'à parler et compter, le reste est a priori inutile.

Enfin, l'argument de la suppression de matières inutiles ne tiendrait que si l'enseignement des matières utiles était renforcé. Or, je ne constate pas, dans les dernières générations, une amélioration de la compétence en français, ni en langues étrangères. Je constate même que l'on réduit l'apprentissage des langues étrangères à celui de l'anglais, alors que la mondialisation nécessite de connaître de mieux en mieux les langues et les cultures de nos partenaires (ce que l'anglais ne permet pas, quoiqu'on en dise).

Le deuxième argument en défaveur de l'enseignement du latin (et du grec et de l'allemand d'ailleurs) est son caractère élitiste et inégalitaire. Autrement dit, l'enseignement de matières dites difficiles exlurait les catégories de population les moins favorisées.

Cet argument, honnêtement, me fait bondir. C'est ni plus ni moins que la reconnaissance de la faillite de notre système éducatif. Il est évident que chaque discipline présente des difficultés. C'est le rôle de l'Education Nationale d'accompagner chaque élève afin qu'il progresse en surmontant ces difficultés. Certes, certains y arriveront mieux que d'autres, mais il en va ainsi de toute discipline. Ne pas enseigner une difficulté pour ne pas défavoriser les moins bons est du pur nivellement par le bas, conduisant les plus favorisés financièrement à fréquenter une éducation parallèle, créant ainsi une inégalité encore plus forte, et une forme d'élitisme par l'argent.

Au contraire, le rôte de l'Education Nationale est d'accompagner tous les élèves, sans abandonner les moins doués, mais sans retenir les plus doués, en gardant une harmonie sociale. Laisser une partie de la population sur le bord de la route est inacceptable. Laisser toute la population au bord de la route est un abandon de notre civilisation. Notre pays doit se construire avec tous ses citoyents, chacun devant avoir sa place, en acceptant que tout le monde ne pourra pas être ministre.

Enfin, le troisième argement, budgétaire, n'est pas recevable, dans la mesure où l'enseignement est un investissement, même s'il n'est pas quantifiable. Si l'Etat veut un retour sur investissement, la meilleure solution est alors de privatiser l'enseignement. Privatisons alors aussi les routes, les hôpitaux, l'armée, la police, et supprimons l'Etat.

Néanmoins, faut-il pour autant continuer à enseigner le latin, du moins de la façon dont il a été enseigné pendant des décennies ? Quels arguments sont-ils avancés en sa faveur ?

Le premier argument, en réalité sous-jacent, mais que personne n'ose prononcer à haute voix, est un argument de gestion administrative. En effet, supprimer ou réduire fortement l'enseignement des langues mortes conduirait à supprimer les professeurs correspondants. Ayant formé des professeurs de langues mortes, il faut bien continuer à leur faire enseigner leur matière, quand bien même celle-ci ne serait plus adaptée. Ne pouvant toutefois le dire tout haut, il devient nécessaire de faire appel à d'autres arguments.

Le principal d'entre eux serait que le latin faciliterait l'apprentissage d'autres matières, notamment les mathématiques ou l'allemand. C'est une forme d'apprentissage indirect. Je pense toutefois qu'il faut apprendre une matière d'abord pour elle-même, avant de chercher à l'utiliser pour apprendre autre chose, si besoin. Ensuite, une fois la discipline bien maîtrisée, il est bien entendu préférable d'en élargir le champ de vision. On va donc apprendre une langue pour elle-même, en commençant par tous les composants (grammaire, vocabulaire, prononciation...). Ensuite, il sera indispensable d'élargir ses connaissances à la culture qui accompagne la langue. Enfin, cette langue pourra être utilisée, si besoin, pour aborder d'autres langues de la même famille.

Evidemment, il existe des méthodes d'apprentissage plus efficaces que d'autres, une forme d'aprentissage indirect pourra être parfois préférable. Mais apprendre une discipline pour en apprendre une autre est une aberration. Plusieurs personnes, de la génération de mes parents, m'ont toujours soutenu que le latin les avait aidées pour l'apprentissage des mathématiques ou de l'allemand.

Il est vrai que plus on apprend, plus on sait apprendre. L'exercice intellectuel induit par l'apprentissage d'une discipline va forcément favoriser l'apprentissage d'autres matières. Mais cela est vrai pour tout. On pourrait alors très bien pousser l'absurde jusqu'au bout, en enseignant l'araméen (langue de Jésus Christ, donc base de notre civilisation judéo-chrétienne), pour faciliter l'apprentissage de la physique ou des mathématiques ? Si je regarde ma propre expérience, j'ai obtenu mes meilleurs résultats en mathématiques en terminale, année où j'ai abandonné le latin, mais surtout année où j'ai le plus travaillé les mathématiques. Ayant toujours eu un niveau faible en latin, ce dernier ne m'a vraiment été d'aucune utilité pour l'apprentissage d'une quelconque matière.

Il en va de même pour l'allemand, que je parle couramment, et qui a toujours été l'une de mes matières de prédilection. J'étais déjà le premier de ma classe dans cette matière en 6ème et 5ème, alors que j'ai commencé le latin en 4ème. Par contre, mes parents, forts en latin (d'après leurs dires), n'ont jamais été capables d'aligner deux phrases de suite en allemande, et ce malgré l'aide précieuse de latin. Il va toutefois sans dire que le latin n'est pas d'une grande aide pour l'apprentissage de l'allemand, dans la mesure où cette dernière est une langue germanique. Certes, le latin possède un système complet et cohérent de déclinaison, mais c'est le cas (si j'ose dire) de nombreuses langues, dont les langues slaves, l'islandais, ou le hongrois. A la limite, en tant que langue germanique, l'islandais serait plus utile à l'apprentissage de l'allemand que le latin.

Par contre, pour faciliter un apprentissage, je préconise d'apprendre l'allemand avant l'anglais, du moins pour les Français, l'anglais étant un dérivé du français et de l'allemand. Mais évidemment, cela ne doit se faire que si on a envie d'apprendre l'allemand.

Faut-il pour autant supprimer la latin ? En tant que langue obligatoire, ou option à part entière, peut-être. Toutefois, l'abandonner purement et simplement ne me paraît pas judicieux. Il ne faut pas oublier que le latin est notre racine linguistique, culturelle, civilisationnelle, et qu'il a de ce fait une grande utilité. Il aide à comprendre notre histoire, notre présent, notre langue. De même, l'apprentissage, à l'université, d'une base de linguistique historique (c'est à dire d'allemand ancien) m'a beaucoup aidé non pas à l'apprentissage proprement dit, mais à la compréhension de l'allemand moderne.

Il faudrait alors non pas apprendre le latin pour lui même, mais l'intégrer dans un enseignement du français plus "musclé", plus complet, plus performant. Le latin au service du français, en quelque sorte, pour une meilleure maîtrise de notre langue, pour tous, et pas seulement pour une minorité. Je laisse aux spécialistes de l'enseignement l'organisation pratique. Mais ce serait une façon de faire enfin progresser l'enseignement. Le contraire du nivellement par le bas que nous connaissons, si destructeur et malgré tout discriminatoire.

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