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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 18:19
Ce mercredi 4 février, j'avais décidé d'aller visiter quelques vignerons indépendants de Champagne, qui produisent dans le respect de l'environnement, du terroir et du consommateur. Je mettrai deux domaines en avant, situés à des endroits différents de la région.

D'abord, le domaine Franck Pascal, à Baslieux sous Chatillon.



Ce petit village de 200 habitants se trouve à l'ouest de l'aire d'appellation Champagne, sur la rive droite de la Marne, à environ 25 kilomètres au sud-ouest de Reims à vol d'oiseau, et 15 au nord-ouest d'Epernay.

J'ai été reçu par Franck Pascal et sa femme, avec beaucoup de gentillesse. On est aux antipodes des grandes maisons, avec leur marketing impeccable, mais en face d'un jeune homme simple, presque réservé, qui prend son temps pour expliquer sa démarche, sa philosophie, faire découvrir ses vins, et communiquer sa passion.

Ingénieur en génie mécanique, il prend petit à petit conscience des dégâts sur l'environnement et sur la santé de l'utilisation de certains produits chimiques, présentés par leurs fabricants comme inoffensifs. S'apercevant notamment que certaines molécules de ces produits sont à la fois utilisées en pesticides sur les vignes et dans les gaz de combat de l'armée, il décide de pratiquer une viticulture bio, puis biodynamique.

Evidemment, cela comporte des contraintes, et l'obligation de travailler beaucoup plus en manuel, de passer beaucoup plus de temps dans les vignes, d'employer davantage de personnel... Mais le résultat est une pratique sans concessions, et sans compromis.

Monsieur Pascal m'est apparu comme un vigneron se posant beaucoup de questions, cherchant à améliorer sans arrêt sa pratique, et n'hésitant pas à se remettre en cause. Un vrai travail honnête et perfectionniste. Sa façon de présenter ses vins est d'ailleurs révélatrice. Il les goûte de façon critique, sans chercher à les vendre systématiquement, et cherchant constamment à connaître le ressenti du client.

Nous avons d'abord dégusté la Cuvée de Réserve Extra Brut (23 €), un 90 % pinot meunier, dosé à 4,8 grammes/litre. Ce champagne, assez peu fruité, est surtout minéral, avec des arômes d'amande. Un vin un peu austère, qui demande à s'assouplir.







Le suivant était le Prestige 2003 (28 €), dosé à 6 grammes. Comprenant 1/3 de chardonnay, 1/3 de pinot meunier et 1/3 de pinot noir.

Il est à la fois plus complexe et plus fruité, avec entre autres des arômes plus beurrés et plus citronnés. Plus séducteur que le premier, il peut très bien accompagner un repas.
















Enfin, le troisième vin dégusté était le Rosé (27 €). Dosé à 8,8 grammes, c'est un mélange de Réserve et de rouge issu de pinot noir et pinot meunier. Le premier nez, animal, était surprenant. Certains auraient essayé de faire passer ce défaut pour un effet terroir, mais Franck Pascal a considéré que cet arôme n'était pas normal, et a honnêtement mis la bouteille de côté pour étudier le problème, avant d'en ouvrir une autre.

Le vin issu de cette seconde bouteille était en effet beaucoup plus fruité, avec des arômes de fraise et d'agrumes, et légèrement minéral.







Je retiendrai de cette dégustation que l'on peut être bien reçu en Champagne, que les producteurs de cette région peuvent aussi faire des vins personnels, bons, et dans le respect de la terre et de notre santé. Je retiendrai enfin la gentillesse et la simplicité de l'accueil de monsieur et madame Pascal, que j'ai eu beaucoup de plaisir à rencontrer.

Il est vrai aussi que j'aime particulièrement le contact direct, personnel et humain avec le vigneron ; les vins prennent alors une autre dimension, plus personnelle et humaine ; ils ont alors quelque chose à raconter (à condition d'être bons bien entendu), ne se contentant plus d'être une boisson alcoolisée issue de la transformation de moût de rains fermenté.

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Après cette visite, petit arrêt dans le vignes, entre les bords de Marne et les falaises de craie. Notez l'herbe entre les rangs de vigne, signe de la non utilisation de désherbants.


Celui ou celle qui trouve l'endroit où a été prise cette image gagne une bouteille d'un producteur de ce village - jeu interdit aux professionnels du vin de cette région :-)) Allez, à vos commentaires !

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Dans cette journée, j'ai retenu un autre producteur, également en biodynamie :

Benoît Lahaye

Celui-ci n'étant pas présent le jour de ma visite, j'ai été reçu par sa femme, qui a pris son temps pour faire déguster les vins, et expliquer la démarche de son mari.

Cette propriété se trouve à Bouzy, au sud de Reims. Nous sommes là dans le fief du pinot noir, d'où la différence entre ces vins et les premiers.

Travaillant également en biodynamie, et admirateur d'Anselme Selosse, Benoît Lahaye exploite 4,5 hectares à Bouzy et à Ambonnay, à quelques kilomètres à l'est, le tout réparti en de nombreuses parcelles plantées en grande majorité de pinot noir.

J'ai pu déguster trois cuvées :

Le Brut Nature (15,50 €), un 90 % pinot noir et 10 % chardonnay. Un champagne frais, simple et agréable.

Ensuite, le Prestige (17,50 €) : 100 % pinot noir élevé à 50 % en fûts, il est plus rond et plus complexe que le précédent.







Et enfin, le Naturessence (21,50 €), ancien Fleur de Terroir, mon préféré. A 50 % pinot noir et 50 % chardonnay, il est élevé 9 mois en fûts. On monte en gamme, avec un champagne assez surprenant, par ses arômes rappelant les fruits rouges et le bourgeon de cassis en deuxième nez. Curieux, mais pas désagréabre.












En conclusion, deux remarques.

- Premièrement, il est possible de trouver de très bons champagne, meilleurs que les champagne de marque vendus entre 20 et 40 €, beaucoup plus respectueux de l'environnement, et finalement moins chers. J'ai dégusté lors de cette journée des vins finalement bien moins chers et procurant davantage de plaisir qu'un Ultra Brut de Laurent Perrier.
Vous savez, ce champagne qui est passé de 30 à 50 € comme çà d'un coup, juste pour rigoler, sans augmentation de qualité. Laurent Perrier a juste profité du fait que certains nouveaux riches pouvaient payer n'importe quoi à n'importe quel prix pour pratiquer cette culbute. Parallèlement, ils ont réduit les allocations de leurs cavistes. J'attends avec impatience le résultat de la crise sur les maisons qui ont eu ce genre de comportement à mon avis suicidaire...

- Deuxièmement, même si c'est toujours courageux de changer de pratique en viticulture, le fait d'être en champagne est peut-être une chance. En effet, le nom de la région à lui seul est déjà un argument marketing, qui permet de vendre plus facilement et plus cher. Ces producteurs courageux peuvent donc, en profitant de la renommée de leur appellation, tirer les pratiques vers le haut, et servir ainsi de locomotive à des producteurs d'autres régions, qui ont les mêmes philosophies mais peut-être pas des appellations aussi reconnues.

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commentaires

Guillaume GUERRE 27/05/2010 20:51


La photo a été prise à VENTEUIL!!!


yasaka20 27/05/2010 22:22



Bravo,


Vous avez gagné !


Toutes mes félicitations.