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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 19:38
Sous-titre : fresque sur le pouvoir californien et sa relation avec les travailleurs mexicains.

Cet épisode nous emmène à Napa, la "mecque" californienne du vin. On y rencontre quatre acteurs de ce vignoble.

- Le Clos Pegase (un nom français, çà sonne tout de même mieux) : fondé en 1983 par Jan Shrem, homme d'affaires d'origine libanaise, ayant fait fortune dans l'édition, et s'étant découvert une passion pour le vin. Il s'est aussi découvert une passion pour l'art antique, et a donc construit sa propriété comme une ancienne villa romaine, très kitsch, et où il expose sa collection d'oeuvres d'art. On suit d'ailleurs une visite de la propriété, dirigée par un jeune guide ridicule et fortement agaçant.

- La famille Staglin : domaine de 16 hectares fondé en 1985 par un riche industriel. Ils vivent dans une villa de style palladien, très "feng shui" (madame Staglin insinuerait-elle que Palladio était un maître feng shui ?), donnant sur... la propriété Mondavi.

- Bill Harlan, promoteur immobilier caricaturalement détestable. Un vrai cow boy, arrogant et prétentieux, qui a fondé son domaine de 15 hectares en 1985. Il nous fait visiter sa maison, qui se marie parfaitement avec les paysages somptueux de Californie, parce qu'il lui a donné une âme, un esprit, et surtout parce que c'est une ancienne maison (12 ans).

- Enfin, le patriarche, le modèle, Robert Mondavi lui-même, qui a fondé son domaine en 1962.

On voit d'emblée que l'on a une belle brochette de nouveaux riches, qui se lancent dans le vin du jour au lendemain, pour faire comme le voisin Robert, et essaient de s'acheter une âme, une culture et un passé, rapidement, et de façon simpliste. D'où le titre, qui les remet à leur place. Ces gens seraient pathétiques s'ils n'étaient aussi puissants.

L'interview de Robert Mondavi est toutefois intéressante, du moins à son début. On comprend très bien comment le Nouveau Monde a pu se trouver une place, principalement à cause de l'Ancien Monde, dont certains vignerons refusaient d'évoluer. Mondavi explique que lors de son voyage de noces en Europe en 1962, il a constaté que tout le monde faisait du vin comme les ancêtres, sans accepter la nouveauté, et sans se poser de questions. Mondavi s'est alors engouffré dans la brêche, en essayant de s'occuper mieux du vin.

Maintenant, comme tous les autres, il finit par déraper, en déclarant qu'il a "mieux compris la philosophie de la vigne et de la vinification".

Nous retrouvons tout au long de cet épisode la même idée, que la Californie a tout de suite compris la vigne et le vin, que grâce à la technologie et aux satellites, elle allait comprendre les terroirs en moins d'une seconde, alors que les moines bourguignons avaient eu besoin de plusieurs siècles. En gros, en quelques années, la Californie a compris ce que les autres n'ont pas compris en plusieurs siècles, et elle va nous l'expliquer.

Ce que l'on oublie de dire, c'est que tous, pour faire leur vin, sont allés chercher l'aide d'oenologues bordelais. Les considérations sur le soin de la vigne et la maturité des raisins n'étaient pas nouvelles, et ont été pronées par Emile Peynaud dans les années 1940. Ensuite, même s'il est vrai que de nombreux producteurs européens ont refusé d'évoluer, se contentant de faire la même chose que les ancêtres et de la même façon, d'autres ont fait des grands vins et ont fait évoluer les pratiques au cours des siècles.

D'ailleurs, aujourd'hui encore, les Californiens sont incapables de faire du vin, puisqu'ils vont chercher un Bordelais, Michel Rolland. Leur modèle est évidemment Bordeaux, Bill Harlan disant lui-même qu'il a voulu faire un grand vin comme les grands crus de Bordeaux, et faisant constamment référence à Bordeaux lorsqu'il parle de ses installations. Finalement, on voit bien la genèse des vins du Nouveau Monde : à l'origine, quelques précurseurs, adoptant les nouvelles techniques sans aucun préjugé, et dont le succès a entraîné des hommes d'affaires à les imiter, en reprenant les mêmes recettes pour obtenir les mêmes résultats. On retombe sur le syndrome de l'imitation qui a fait du tort à l'Europe.

Ceci est très bien résumé par Michel Rolland, que l'on ne voit que quelques secondes. Bien qu'étant consultant pour tous ces domaines, on voit qu'il n'a qu'une considération limitée pour ces personnes, puisqu'il en oublie les noms, et finit par dire que "les gens qui réussissent quelque chose dans la vie ont l'instinct grégaire".

Et tous ces gens vont même plus loin, car ils sont persuadés qu'ils sont tous des précurseurs, des modèles, ce qui est très bien résumé par Nancy Light, attachée de presse de Mondavi : "Napa est le lieu idéal pour la mission civilisatrice de Mondavi". Robert ajoute ensuite qu'il a créé un centre culturel qui durera 500 ans minimum. Il devient vraiment inquiétant, à moins que Nossiter ait délibérément isolé une phrase pour accentuer la caricature.

Tous ces discours des Californiens nous ramènent à ce que disait Alix de Montille, que "le monde moderne n'a plus le temps de rien. Il aime se faire bluffer."

Toutefois, une fois sorti de ce milieu fermé, consensuel et conformiste, on découvre l'antithèse.

D'abord, petit passage chez un caviste de Napa, où l'on voit le prix exorbitant des vins des propriétés que l'on vient de visiter. Sandy Waters, un vendeur, déclare : "je sais que çà ne les vaut pas. Les prix sont exorbitants. Ces gens débarquent dans le commerce du vin. Pour eux çà ne se vendra pas si ce n'est pas cher. D'aileurs, ils font très peu de vin. Ils s'en foutent, ils sont déjà riches. La Californie essaie juste d'épater son voisin, en faisant grimper les prix." Il ajoute que lui préfère boire les vins européens.

Enfin, le revers de la médaille, avec le statut des Mexicains travaillant dans ces propriétés. Apparemment, ils seraient bien traités et heureux de leur sort. Comme le dit très adroitement madame Staglin au sujet de ses employés : "pour nous, ce sont nos amis. Ils travaillent pour nous, mais on les connait par leur prénom. On leur parle dans les vignes. On essaie de leur montrer notre reconnaissance. Individuellement. On leur donne un t-shirt ou une casquette. Cà dépend de l'année." Et ils sont tellement bien traités qu'ils n'auraient pas besoin de syndicat.

Si l'on interroge directement les intéressés, ils nous disent qu'il n'y a pas de syndicat, parce que les patrons n'en veulent pas, çà coûte trop cher. Alors que les conditions sont difficiles, et les patrons ne paient jamais les heures supplémentaires.

Mais cet état de fait serait naturel, car comme le dit l'inénarrable Jan Shrem, du Clos Pegase, "les classes sociales seront toujours séparées. C'est naturel car leurs intérêts sont différents. Le vin n'est pas dans la culture mexicaine. Ils auront plus de succès en travaillant la vigne car c'est de l'agriculture. Ou en travaillant dans un supermarché car c'est du commerce". La réponse de Nossiter vient très (trop) facilement : les Californiens ne faisaient pas non plus de vin il y a 30 ans.

L'épisode se termine chez Luis Ochoa, vigneron mexicain, à la limite de Napa, arrivé dans la région en 1966, comme Robert Mondavi, mais toujours pas propriétaire de son domaine.

Un épisode caricatural, où Nossiter nous montre une nouvelle fois de quel côté il se situe. Lui, c'est la Bourgogne, ses vins fins et sa cultures séculaire et patiente, et non la Californie des nouveaux riches qui veulent tout enseigner au reste du monde alors qu'ils ne font qu'imiter.

Nossiter est également alter mondialiste.

Caricatural, cet épisode l'est évidemment, mais il n'est pas si éloigné que çà de la réalité. Et son traitement polémique de la situation nous encourage à nous poser un certain nombre de question.s Quels vins voulons-nous boire ? En viticulture comme dans les autres domaines, quel modèle économique souhaitons-nous voir imposé ?

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