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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 22:03

Je ne me suis pas encore exprimé sur le sujet jusqu'à présent, car il s'agit d'un thème complexe, sensible, et pour lequel je n'ai pas la moindre compétence.

 

Toutefois, certains, tout aussi incompétents que moi, profitent des événements qui se sont déroulés depuis le 11 mars au Japon pour occuper le devant de la scène, et faire passer leurs idées, voire leur propagande.

 

Dans le meilleur des cas, le sujet est traité de façon simpliste, l'émotion l'emportant sur l'intelligence et l'argumentaire. Il est vrai que depuis que Stéphane Hessel est devenu une star mondiale, la démagogie et la bien pensance sont devenues nos principales valeurs.

 

Au delà, nous rencontrons souvent la malhonnêteté, la mauvaise foi, de personnes dont le but est de se faire connaître, de justifier leur existence, de raccoler les électeurs, quitte à truquer la réalité, et à gonfler honteusement les chiffres. C'est par exemple le cas de l'article de Michèle Rivasi dans LeMonde.fr du 25 avril 2011, où tous les problèmes sociaux, démographiques et de santé publique touchant la Russie, l'Ukraine ou la biélorussie, sont mis sur le dos de la catastrophe de Tchernobyl. Ces personnes exploitent l'angoisse de victimes potentielles et leur laissent croire qu'elles vont les aider alors qu'elles ne font que renforcer l'inquiétude.

Elles agissent comme un médecin arrivant devant un malade qui, au lieu de diagnostiquer, expliquer et soigner, dirait au malade que les autres médecins sont tous incompétents et menteurs, et lui ont caché que son cas était beaucoup plus grave qu'il ne le croyait, et qu'il allait mourir dans de graves souffrances.

 

Que penser alors de l'article, paru dans Zoom Japon numéro 16 écrit par le journaliste anti nuclaire KAMATA Satoshi ?

 

Je ne rentrerai pas dans le débat sur la nécessité d'arrêter ou non le nucléaire.  Je respecte les opinions tant des anti que des pro nucléaires, dès lors qu'elles n'ont pas d'arrière-pensée mercantile ou politicienne.

 

Je considère cependant que ce genre d'article, très partisan, ne fait pas avancer le débat, du fait de ses nombreuses approximations et surtout de sa mauvaise foi.

 

Le début de l'article joue déjà à plein sur l'émotion et sur la confusion (volontaire ?). Il touche la fibre sensible en évoquant les centaines de cadavres ensevelis sous les bâtiments et exposés aux radiations. De quels cadavres s'agit-il ? De victimes du tsunami ? L'article laisse croire qu'il s'agirait de victimes de l'accident nucléaire, qui seraient enfouies sous les bâtiments de la centrale. Cette confusion annonce d'entrée l'orientation de l'article.

 

Son argument le plus recevable est que contrairement aux affirmations longtemps soutenues, le néclaire n'est pas si sûr et peut mener à des catastrophes de grande envergure. J'admets que l'on puisse ne pas accepter ce risque, notamment dans un pays touché par deux bombardements atomiques.

 

Par contre, la position de monsieur Kamata présente plusieurs défauts.

 

L'amalgame entre la Seconde Guerre Mondiale et la situation nucléaire actuelle apparaît constamment en filigrane de cet article. Traiter son adversaire de fasciste lorsque l'on manque d'arguments est pourtant une vieille ficelle bien éculée, mais monsieur Kamata n'hésite pas à s'en servir. Il ose le parallèle entre le gouvernement militaire de 1945, dont l'entêtement aurait logiquement entraîné les bombardements de Hiroshima et Nagasaki, et l'entêtement des autorités japonaises d'aujourd'hui, qui aurait conduit à la catastrophe de Fukushima dai-ichi. Ce parallèle est accentué lorsque cet entêtement est qualifié d'esprit kamikaze, ou que certains responsables sont qualifiés de criminels de guerre (!).

 

Cet article est ensuite marqué par l'imprécision des faits qui sont énoncés. Monsieur Kamata cite des propos de TEPCO du 12 mars, le premier indiquant qu'aucun problème n'avait été découvert dans le réacteur, le second que l'opérateur n'avait pas ressenti la nécessité d'agir lorsqu'il avait fallu injecter de l'eau dans les réacteurs. Pourtant, dans son point de situation du 12 mars, transmettant les informations de TEPCO, l'IRSN mentionne bien que de l'eau a été injectée, et qu'un processus de fusion du coeur a été entamée.

 

Troisième point  de cet article : le développement du nucléaire aurait été favorisé par l'argent. Doit-on croire que tout ce qui n'est pas nucléaire n'est que philanthopie ? Les énergies nouvelles seraient-elles produites par des associations sans but lucratif ? N'y aurait-il aucun intérêt financier dans la production d'éoliennes, dans la fabrication de panneaux photovoltaïques ? N'y aurait-il pas davantage d'intérêts mercantils dans le charbon ou le pétrole ? On nous aurait menti ?

 

Enfin, le dernier point criticable de cet article est l'absence de proposition alternative. Si l'on arrête le nucléaire, par quoi le remplacer ? L'arrêt actuel de la plupart des réacteurs au Japon n'a pas entrainé de pénurie d'électricité. Certes, mais à quel prix ? N'est-ce pas égoïste de refuser le nucléaire dans son pays sans voir que l'exploitation du pétrole entraîne des guerres meurtrières dans d'autres pays, que l'exploitation du charbon a causé et cause toujours de nombreux accidents et maladies entrainant un nombre de morts autrement plus important que le nucléaire ? Mais il est vrai, cela se passe ailleurs, on n'est pas obligé de le voir.

Il serait plus judicieux et de ce fait plus crédible, à mon humble avis, de proposer des alternatives, permettant la sortie progressive du nucléaire, et son remplacement parallèle par d'autres sources d'énergies non nocives et non dangereuses. Cela passerait par exemple dans un premier temps par l'amélioration de l'isolation des constructions (et Dieu sait qu'il y a à faire en la matière eu Japon) ou l'évolution de nos modes de vie.

 

Mais toutes ces évolutions ne peuvent se faire que sur une durée importante, incompatible avec les réactions émotionnelles et court-termistes de "responsables" politiques et les slogans de manifestants.

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