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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 15:30
En guise de cadeau de bonne année, je consacre ce premier article de 2010 à un excellent livre, mariant la connaissance et le plaisir.

Il est écrit par l'ancien président de la Sorbonne, géographe de son métier, et bénéficie donc du sérieux, de l'honnêté et de la qualité de recherche d'un universitaire de niveau. Un livre documentaire bien documenté.

Mais comme les humanistes de la Renaissance, et contrairement à bon nombre d'intellectuels, monsieur Pitte met la connaissance au service du plaisir : la curiosité est une recherche de la connaissance et de la découverte du beau et du bon. On a donc entre les mains un livre d'Honnête Homme, et non un livre d'érudit pédant.

En bon géographe, l'auteur nous emmène en voyage, avec le vin, dont on suit les pérégrinations et les modifications à travers le temps et à travers le monde. On part du Moyen-Orient, où serait né le vin. D'abord accessoire de religion, utilisé par les puissants, il s'étend progressivement, jusqu'à gagner un statut de dieu dans les religions grecque et romaine, puis dans les religions monothéistes. Le summum semble être atteint avec le christianisme, où le vin ne représente ni plus ni moins que le sang de Dieu. Mais les Grecs avaient déjà déifié le vin à travers Dyonisos, dont certains rites et certains aspects rappellent étrangement le christianisme.

Le vin a un caracètre sacré, représentant alors le bien absolu, mais il peut aussi représenter le mal, ou du moins l'apporter, comme on le voit dans le Bible avec Lot ou Noé. Le discours de la Bible est à ce titre intéressant, car il montre les caractères extrêmes du vin, à consommer pour cotoyer Dieu, mais en quantité raisonnable, faute de quoi peuvent se déchaîner les pires catastrophes. Un discours de raison et de responsabilisation, que l'on aimerait retrouver de nos jours, où l'on préfère interdire, par peur du risque : risque du mal, comme risque du plaisir.

Mais revenons-en au livre. On y voit aussi que déjà dans l'Antiquité, le vin, non seulement breuvage divin, est aussi breuvage de culture, accompagnant les banquets grecs. Son mode de consommation est aussi un témoignage de la culture d'un peuple : certains barbares ne le boivent-ils pas pur alors que les gens civilisés le boivent dilué ?

Grâce au développement de l'influence grecque et de l'Empire romain, le vin conquiert le monde connu et civilisé de l'époque. Ses seules limites : l'Islam, qui ne l'interdit toutefois pas, gardant à son égard un discours ambivalent, et l'Asie, où il n'arrive pas à s'implanter. La civilisation de la vigne achoppe sur la civilisation du riz.

Il conquiert par contre l'Europe, à la faveur du développement de la culture, des sciences et de la gastronomie, ne se contentant pas d'être un accessoire de la liturgie, loin de là. Grâce aux échanges commerciaux, il bénéficie aussi d'améliorations considérables. C'est ainsi que les Anglais inventent la bouteille, et développent la réputation de certaines régions, comme le Bordelais ou Porto.

Le vin conquiert aussi l'Amérique, qui finit par en produire, avec les colons chrétiens venus d'Europe.

Et plus récemment, il finit par conquérir le monde, sa consommation se développant parallèlement au développement économique. Il est alors symbole de culture et de raffinement. Il a donc fini aussi par s'implanter en Asie, se retrouvant sur les tables de Shanghai ou de Hong-Kong, de même que dans les verres des Japonais et des Japonaises, de plus en plus nombreux à lui rendre un quasi culte, pour preuve le succès de mangas comme "Les Gouttes de Dieu" ou l'allée de tonneaux de Bourgogne installés à l'entrée du Meiji Jingu du Tôkyô, face à la rangée de tonneaux de sake.

Boisson religieuse, puis populaire, le vin est en train de devenir un symbole mondialisé de culture, de développement et de civilisation. Une nouvelle étape vient de commencer, nous y assistons en direct. La conquète continue, suivons la de près, les prochaines évolutions promettent d'être passionnantes.

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