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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 22:24

On ne lit pas Céline comme n'importe quel auteur. Derrière lui traîne toujours son passé d'antisémite, condamné, mis au ban de la société de l'après-guerre. Il s'est hélas condamné par ses écrits stupides. Pourtant, s'il est un livre indispensable, c'est à mon sens ce Voyage au Bout de la Nuit.

 

En collection Folio, c'est 500 pages, écrites tout petit. Comme si la réputation de l'auteur ne suffisait pas, l'aspect du texte nous rebute. Mais comme dans la mer, une fois qu'on est entré, on ne veut plus sortir. Le style est d'abord déroutant. C'est du langage parlé, populaire, on a l'impression que c'est mal écrit, mais le vocabulaire est parfaitement choisi, les images touchent avec précision. C'est un style d'apparence parlée, avec beaucoup de noirceur et de second degré, d'ironie mordante, sombre et drôle.

 

Les noms propres participent de ce style, inventés, mais tellement proches de la réalité qu'ils en deviennent plus vrais que nature, comme la ville de Clichy la Garenne (à moins que ce ne soit Saint-Ouen ?), transformée en La Garenne Rancy.

 

Ce roman est une autobiographie romancée. Il raconte la vie d'un personnage imaginaire, Bardamu, double romancé de l'auteur. Il démarre place de Clichy, où il s'enrole pour l'armée. On le suit alors dans des pérégrinations insensées, dans les tranchées de 14-18, à l'hôpital, en Afrique, à New-York, en banlieue parisienne pour finir avenue de Clichy. La bouche est bouclée.

 

Pendant tout ce temps, ce pauvre type va d'aventure en aventure, de recherche de bonheur en désillution. La chance n'est jamais avec lui, ni avec ceux qu'il cotoie. Autour de lui, le monde est sombre, sans espoir, les personnes sont lâches, mesquines, il ne se fait même pas d'illusions sur lui-même. Il ne se plaint pas vraiment de son sort, il se regarde lui-même sans pitié, sans concession, se montrant comme aussi pleutre que les autres.

 

C'est juste un type sans autre idéal que celui d'être tranquille, d'avoir un minimum de confort, un peu d'amitié et d'amour. Malheureusement, la vie ne lui laisse même pas cela. Son regard est alors nihiliste, mais incroyablement acéré. C'est bien simple, tout au long de ces 500 pages serrées, on trouve presque à chaque phrase une vérité sur la condition humaine et la partie la plus sombre de sa nature. La vie nous est en permanence révélée dans ce qu'elle a de plus insupportable.

 

Et parfois, du milieu de cette fange, surgit un élan de tendresse, fulgurant, absolument intense et bouleversant, comme une lumière d'été entrerait subitement dans une caverne. Le contraste est saisissant, tellement ces moments de tendresse sont rares et intenses. C'est la tendresse pour le petit Bébert, ou pour Molly. Tellement rares, ils en sont alors bouleversants.

 

Céline voulait nous montrer la noirceur de l'humanité, mais sa clairvoyance est telle qu'elle révèle une sensibilité incroyable. Cela pourrait s'appeler La Condition Humaine, mais le titre était déjà pris.

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