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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 12:22

Soirée à l'opéra Garnier, pour voir le ballet Onegin, de Tchaïkovski, par le corps de ballet de l'Opéra de Paris, sur une chorégraphie de John Cranko. Traumatisé par mes cours de danse classique, activité pour laquelle je n'ai jamais été fait (et c'est un sacré euphémisme), j'ai toujours une petite réticence pour les ballets.

 

Certes, la danse classique peut véhiculer une image quelque peu désuette : dorures surannées de certaines parties de l'opéra Garnier, costumes et décors montrant parfois un peu trop leur artifice, poses et expressions pas toujours naturelles.

 

Cela étant, le grand escalier de Garnier, plus en marbres qu'en dorures est somptueux, le gravir fait déjà partie d'un spectacle inoubliable. Ensuite, une fois passé les premières poses apprêtées des danseurs (ce que les sportifs appelleraient un tour de chauffe ou un round d'observation), le spectateur finit par être pris par la maîtrise des artistes, musiciens y compris.

 

A partir d'un certain moment, la musique et le geste entrent en communion, chacun touche au sommet de son art, dépassant la simple reproduction d'un geste mille fois répété. C'est à ce moment-là qu'il passe une onde entre la scène et la salle. L'émotion devient réelle, les applaudissements sont alors sincères et spontanés.

 

Il faut ensuite imaginer, derrière l'artifice, les heures de travail des danseurs, la discipline, la souffrance des corps : souffrir pour faire beau. Il faut ensuite imaginer les heures de travail de chaque musicien. Il faut ensuite imaginer les heures de travail du chorégraphe et du chef d'orchestre pour synchroniser tout ce monde, de telle sorte que chaque soir, tout sorte sans une fausse note, sans une faute de geste.

 

C'est ce que l'on appelle la perfection, mais dans tout domaine, certains dépassent cette perfection. Ce sont les génies, terme souvent appliqué à tort. C'est par exemple le cas de Maya Plisetskaya, dont j'ai découvert des vidéos récemment, d'une interprétation du Boléro de Ravel, sur une chorégraphie de Maurice Béjart.

 

Tout le monde connait le boléro de Ravel, l'une des musiques les plus interprêtées au monde. Je voudrais toutefois faire un petit rappel de la structure de ce morceau. Il s'agit de la répétition, crescendo (c'est à dire de plus en plus fort et de plus en plus puissant), de l'assemblage de trois éléments répétitifs.

 

1. Un rythme, qui donne toute la base à ce morceau, consistant en deux mesures répétées 169 fois avec la régularité d'un métronome : tam, tatatatam, tatatatam, tam, tam, tam, tatatatam, tatatatatatatam. Tout l'équilibre repose sur la concentration du percusionniste.

 

2. Une base harmonique, également répétitive, et d'une rare simplicité : Toum [- 1 octave] toum [+ 1 quarte] toum. Oui, je sais il est difficile d'imaginer une musique en lisant des "toumtoumtoum" mais en écoutant le morceau, vous comprendrez tout de suite.

 

3. Enfin, la mélodie, composée de 2 thème, se succédant de la manière suivante : thème 1/thème 1/thème 2/thème 2, ceci quatre fois de suite, avant une séquence raccourcie à thème 1/thème 2, une modulation et l'effondrement final. Les thèmes sont interprêtés par différents groupes d'instruments, de plus en plus puissamment (le crescendo).

 

Dans son interprétation dansée, Maya Plisetskaya rythme les mouvements de son corps avec un soulèvement alternatif de ses pieds (rien qu'en y pensant, j'ai mal aux mollets !), la partie mélodique étant exprimée par le reste du corps (essentiellement bras et jambes).

 

Le résultat est une danse hypnotique et sensuelle. La danseuse devient une idole, une déesse sensuelle et érotique, juchée sur un autel, au pied duquel le reste de la troupe vient se prosterner.

 

Je vous laisse regarder cette danse, dans les 2 videos qui suivent :

- première partie ;

- seconde partie.

 

Pou le plaisir, cette vidéo, issue d'un documentaire de 1986. Je vous laisse admirer, à partir de la 50ème seconde, la suite de mouvements, jambe incroyable haute, et réception parfaite. Du grand art.

 

Enfin, et parce que c'est Noël, une petite dernière : la même Maya Plisetskaya, dans le lac des cygnes, iincroyabement jeune malgre ses 61 "ballets" (désolé, mais je ne suis pas un gênie du jeu de mots). Quelle grâce, quelle légèreté dans les bras, on dirait qu'ils n'ont pas d'os.

 

Joyeux Noël à tous !

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