Voilà enfin l'article que tout le monde attendait. A force de montrer des photos de plages désertes de sable fin sous un ciel d'azur, de rochers noirs, mauves, roses, baignés de soleil, de crèpes
dorées par le beurre, de plats de fruits de mer à se faire exploser la panse, j'ai fini par convaincre tout le monde que l'on pouvait, eh oui, passer des vacances extraordinaires en Bretagne,
pendant la saison hivernale de juillet-août.
Reste maintenant à convaincre le même tout le monde que si si si, on peut se baigner en Bretagne, même en juillet et août. C'est même fortement recommandé, car excellent pour la santé !
Quand je dis qu'au Japon, dans les onsen, je me baigne dans un eau à 40°, je passe pour un fou, car il paraît que c'est très mauvais pour la circulation de se baigner dans l'eau chaude. Mais
quand je dis qu'en Bretagne, l'eau est à 18-20°, les mêmes personnes poussent des cris d'horreur. Comme quoi il n'y a pas que les bretons qui ont l'esprit de contradiction, mais
passons...
Imaginons-nous maintenant sur une plage du sud de la France, d'environ 100 mètres de long sur 5 mètres de large, entourés de milliers de personnes. Il fait 45°. Le bonheur, à ce qu'on dit. Face à
nous, l'eau. Bleue. Enfin, quand on peut l'apercevoir entre les milliers de baigneurs (les premiers arrivés sur la plage, poussés vers le large par les hordes de suivants, et qui vont devoir
attendre que les suivants soient partis pour sortir de l'eau et rentrer chez eux par l'embouteillage de 18 heures).
Imaginons (cas d'école) que l'on arrive à se frayer un chemin pour aller se baigner. On entre dans l'eau, qui est à 25°. Et c'est le drame, le choc thermique ! Obligé de ressortir aussitôt,
couvert de l'huile solaire que les autres baigneurs ont laissée à la surface.
Alors qu'en Bretagne, rien de tout cela : température de l'air : 22 °, température de l'eau : 18 °. 4 petits degrés, histoire de se rafraîchir en douceur. Et pourtant, malgré cet argument
imparable, certains continuent à grelotter de froid. Comme quoi il n'y a pas que les Bretons qui sont de mauvaise
froid foi, mais
passons...
Alors pour ceux-là, je vais donner le mode d'emploi du bonheur de la baignade en Bretagne. Je vais même vous donner trois techniques, pour être bien certain que tout le monde va y trouver son
compte.
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L'entrée directe.
C'est à mon avis la plus efficace, celle du mec qui ne s'écoute pas. Elle a d'ailleurs influencé le monde médical, pour l'enlèvement des pansements. Vous imaginez une infirmière enlever un
pansement lentement, millimètre par millimètre, et en recoller au besoin une partie, pour être bien sûr de faire durer le plaisir ? Non, évidemment : l'infirmière fait scratch d'un seul coup,
comme çà on n'a pas le temps de souffrir.
Pour entrer dans l'eau, c'est pareil. On se lève de sa serviette, on observe tous les vacanciers hésitant au bord de la mer, et quand on voit un couloir de libre, hop, on court, on entre dans
l'eau en levant les jambes (et tant pis si quelques chochottes se font éclabousser), on plonge, voilà c'est fait, on ressort et on court jusqu'à sa serviette en claquant des dents de bonheur.
J'ai vu un type faire çà à Carnac, devant un Marseillais aussi jaloux qu'admiratif, laissant échapper cette phrase : "hé bé oui, mais lui, il é bretong, hé !"
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L'entrée progressive.
En apparence la plus simple, et la plus indolore. On pense qu'on s'habitue, progressivement. Mais finalement, plus on tarde, et plus on met longtemps. Pendant ces longues minutes, on pense, on
gamberge, on rumine, sur les pieds qui ont froid, puis sur les genoux, et finalement, toutes les parties du corps, une à une, ont le temps d'avoir froid. Et pour les hommes, certaines parties
sont vraiment plus sensibles au froid que les autres. Elles se contractent, se rapetissent, se bleuissent. Et en plus, c'est le meilleur moyen d'attrapper des coups de soleil sur les épaules,
dernière partie à rentrer dans l'eau, d'où le bronzage en dégradé, superposé au bronzage jardinier de celui qui a gardé son t-shirt sur la plage, soi-disant pour se protéger du vent.
Entre ces deux techniques, l'entrée progressive forcée, ou entrée semi-directe. C'est au départ une entrée progressive, mais entre temps le vent s'est levé, et la mer a forci ; du coup, pendant
qu'on est en train d'hésiter en se demandant si on trempe d'abord le genou gauche ou d'abord le genou droit, une grosse vague arrive, qu'on avait pas vue venir, et qui nous submerge jusqu'au
dessus des parties vraiment plus sensibles. Le temps de se rendre compte qu'on a froid, une vague plus grosse que la précédente vient empêcher nos épaules d'attrapper un coup de soleil. Et comme
en même temps le vent a amené la pluie, il est temps de courir pour se réchauffer, et surtout pour planquer ses affaires.
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Le bain versaillais.
Pratiqué exclusivement en Bretagne sud, entre Carnac et le Men Du, c'est un bain partiel, précédé d'une entrée progressive. Mâdââme enlève sa jupe plissée et son chemisier blanc à col relevé,
sous lequel elle avait déjà enfilé, dans la maison de famille, son maillot de bain rose une pièce.
D'un pas grâcieux et surtout hésitant, elle se dirige vers la mer. Arrivée sur le sable mouillé, elle s'arrête, met la main en visière pour se protéger du soleil, et regarde quelles familles sont
venues aujourd'hui se baigner.
Puis elle entre, très très progressivement ; au moment où l'eau arrive à sa taille, elle tourne à angle droit, et continue à marcher, les mains en l'air pour ne pas abimer les bagues, le buste
bombé pour qu'aucun embrun ne vienne toucher le collier de perle, les cheveux au carré maintenus par les lunettes de soleil, qui ont remplacé le serre-tête en velours.
Non non, je n'invente rien, c'est du vécu, le 27 août 2009, sur la plage de Ty Bihan, à Carnac.
Quand je vous dis qu'il y a des techniques pour tout le monde !