J'ai décidé de passer 4 jours au bord de la mer, dans la péninsule d'Izu, apparemment très appréciée des touristes. Pour avoir des chances de faire des visites intéressantes, je dois séjourner
les 4 jours à Itô, qui se trouve au sud d'Atami, sur la côte est. Cette ville, comprenant de nombreux bains, se trouve près d'une côte extraordinaire, avec des falaises.
Toujours sur les conseils de Lonely Planet, j'ai réservé 4 nuits dans le ryôkan Yamaki, ainsi décrit : "un ryôkan traditionnel, dans un ancien bâtiment en bois au coeur d'un jardin. Onsen et
chambres immaculées..."
Je me réjouis d'avance de ces quatre jours.
En attendant, je suis à Ôgimachi, à Shirakawa-gô, à la pension Shimizu. Je me lève tôt et démarre à 7h20. La patronne vient me saluer, et s'installe sur la terrasse pour prendre le frais quelques
instants. La température est agréable, mais la chaleur ne va pas tarder, car il fait beau. Je prends le nouveau tronçon d'autoroute, le lendemain de son inauguration. Très belle route, avec une
succession de tunnels ininterrompue. Le plus long mesure 10 710 mètres, les autres entre 1 et 1,5 kilomètre. Je sens que le péage va coûter cher.
La limitation de vitesse à 50 km/h me paraît excessive. D'ailleurs, personne ne la respecte. Jusqu'au moment où des camions de service créent un mini embouteillage, faisant tomber la moyenne à
moins de 40, et me faisant perdre un temps infini.
Au péage, inutile de sortir la carte bleue, car on me demande... 600 yens (3,60 €) ! Je prends ensuite l'échangeur que j'ai vu l'avant-veille. C'est aussi impressionnant dessus qu'en dessous.
Arrivé à la gare de Takayama, je suis largement en avance, car JR a changé ses horaires il y a trois mois. Le train n'est qu'à 9h37, soit plus d'une heure plus tard. Lorsque je rends ma voiture,
l'employé de Eki Rent a Car me propose gentiment de garder mes bagages dans son bureau si je souhaite visiter la ville. Comme je connais déjà Takayama, je préfère m'installer et prendre
tranquillement un petit déjeuner.
Puis attente dans le hall puis sur le quai de la gare, où se trouvent également deux employés, un très grand costaud et un petit mince, drapeau à la main, casque de chantier sur la tête, et
combinaison de chantier, se tenant prêts à assurer la manoeuvre de deux rames qui doivent être accouplées. Pendant près de 15 minutes, le plus petit fait des assouplissements, des étirements, se
tenant à une rambarde. Il est incroyablement souple, il doit faire çà tous les jours. En dehors de la tenue et du décor, on se croirait presque à l'Opéra.
Bien que ce soit l'une des dernières voies non électrifiées du Japon, l'intérieur du train est impeccable et très moderne. Changement à Nagoya. Il fait une chaleur étouffante. Shinkansen. Ekiben
(boîte repas), thé froid, café chaud, gâteaux Gérard Mulot. Aux environs en Shizuoka, le Mont Fuji est invisible. Changement à Atami, ville d'entrée de la presqu'île d'Izu. Il fait un peu moins
chaud. La présence de la mer. Le train est un vieux coucou.
A Itô, devant la gare, plusieurs personnes attendent, avec des pancartes portant le nom d'un hôtel. Sauf le mien, puisque je n'ai pas prévenu de mon heure d'arrivée. Toutefois, je dois demander à
l'une de ces personnes l'emplacement de mon ryôkan, car Lonely Plante ne l'indique pas. J'ai soudain un doute : et s'ils n'y étaient tout simplement pas allés ? J'y vais à pied, c'est à 10
minutes de la gare. Le temps se couvre.
Le ryôkan Yamaki se trouve dans une petite rue calme, très proche de la mer. C'est une grande bâtisse en bois, dans le plus pur style japonais, comme on devait en construire au début du (XXème)
siècle. Dans la vaste entrée, les pantoufles sont alignées. Au fond, une belle composition florale. Le style de vieille institution surannée ne manque pas de charme. A l'accueil, une femme assez
âgée, à la tenue également surannée, m'accueille avec la politesse d'un grand hôtel.
Elle me montre la salle à manger, m'indique l'emplacement de la salle de bain, puis me conduit à ma chambre, à l'étage. Premier escalier raide. Deuxième encore plus raide, avec cette fois le
risque de se cogner la tête. L'ensemble n'est pas de la première fraîcheur. Cela a dû être joli, mais la date limite de consommation est largement dépassée (et sûrement bientôt trépassée).
Dans le long couloir desservant les chambres, le parquet est couvert de milliers de tâches d'eau. La chambre est à l'image du reste : propre, certes, mais n'ayant selon tout vraisemblance pas
subi le moindre entretien depuis au moins 25 ans. Il y a d'abord une entrée, puis la chambre proprement dite, avec, au fond, une loggia. Dans le coins de cette dernière, un vieux lavabo en
plastique, dont le robinet d'eau chaude ne fonctionne pas. Sur la baie vitrée, un carreau, fendu, est réparé avec du vieux scotch jauni. Sur un tatami, la trace d'une brulure de cigarette. Qui
plus est, la chambre est sombre. D'où l'absence de photos pour étayer ce que je suis en train de décrire. Enfin, les toilettes sont sur le palier.
Je vais devoir passer quatre nuits dans ce lieu. S'il fait beau, je partirai tôt le matin et rentrerai tard le soir. Oui, mais le repas est à 18 h 00 ! Je le repousse à 19 h 00, dernière limite.
Le personnel est toutefois agréable. Le service est attentionné, mais paraît décalé par rapport à l'entretien du bâtiment et à la tenue négligée des employés.
Je vais laver mon linge dans une laverie automatique. Le temps s'est mis au gris. La ville peu esthétique, est déserte. Tous les commerces sont fermés, d'autant que c'est dimanche. Je commence à
vraiment déprimer. Pendant que mon linge se lave, je vais me promener. La ville est vraiment déserte. Il y a un petit fond d'air frais, du fait de la proximité de la mer, ce qui rend la chaleur
beaucoup plus supportable. La ville a l'air à l'abandon.
Même sur le front de mer, tous les commerces sont fermés, et ont l'air de toute façon peu attrayant. Pas de problème pour traverser la grande avenue, les voitures sont aussi rares que les
piétons.
La plage est en sable noir. Cela ne me pose pas de problème a priori, mais cela ne contribue tout de même pas à donner la touche de gaieté tant espérée. De nombreuses cabanes, vides, y sont
installées. Et surtout, chose étonnante dans ce pays, le sable est jonché de détritus ! Comme si toutes les poubelles du Japon avaient été déversées à cet endroit. Le moral dans les chaussettes,
je vais chercher mon linge à la laverie.
Je mets mon ligne dans le séchoir puis vais à la gare chercher les horaires des trains et des bus pour organiser mes excursions des prochains jours. Sous mes yeux, un chat manque de très peu de
se faire renverser. Il faut dire qu'il y a tellement peu de voitures dans cette ville qu'il avait dû oublier ce que c'était.
Après avoir récupérer mon linge sec à la laverie, retour au ryôkan. Décidément, cette chambre est vraiment sinistre ! Je plie mon linge, range mes affaires, et tourne en rond en me demandant bien
ce que je vais pouvoir faire jusqu'à 19h00.
Finalement, je mets mon yukata et vais prendre un bain. Dans le o-furo (le bain), quelques hommes sont en train de se rhabiller. Ils font partie d'un groupe d'une dizaine d'hommes et deux femmes,
tous dans la cinquantaine, qui passera la soirée à discuter en mangeant dans un salon, puis repartira le lendemain après le petit déjeuner. Ils sont souriants et me saluent gentiment. Je me
demande bien qui ils sont, et surtout ce qu'ils sont venus faire ici.
La salle de déshabillage du o-furo sent la vieille transpiration. Par contre, le bain lui-même est propre et se révèle très agréable. Après le bain, n'ayant vraiment rien à faire, je décide
d'aller dîner plus tôt que prévu. Il est 18h30. Une longue soirée m'attend. Je suis tout seul dans la salle à manger. Le service est encore attentionné, mais toujours aussi décalé. Par contre, le
rapas est très bon. Enfin un bon point. Le moral remonte légèrement. Je passe une partie de la soirée à rédiger mes notes, ce qui explique la longueur du texte sur ce lieu sans intérêt.
Je finis par remonter dans la chambre. Il n'est pas beaucoup plus de 9 h 00. Je regarde un peu la télé. Le seul programme vaguement intéressant est un match de foot. Mais c'est également le plus
inregardable, à cause des innombrables traits blancs zébrant l'écran. Je décide donc de me coucher, en maudissant Lonely Planet, qui, j'en suis convaincu, n'a pas pu venir ici. Je leur ai
d'ailleurs envoyé un message pour leur signaler, mais n'ai jamais reçu de réponse.
Dans la série du gars chanceux qui va passer quatre jours dans un très bel hôtel au bord de la mer, je suis réveillé plusieurs fois au cours de la nuit par la pluie, qui tombe très fort. La
gouttière qui passe au dessus de la fenêtre de ma chambre est percée en deux endroits. Les gouttes tombent bruyamment sur le toit en zinc situé juste en dessous, au point que j'ai même rêvé, dans
l'une de mes rares phases de sommeil, que j'étais dans une soirée techno. Vivement demain !