Un vaste débat est actuellement en cours, sur la nécessité d'interdire ou non le port de la burqa. C'est un sujet toujours délicat pour un pays démocratique, qui plus est laïque, d'interdire.
Interdiction signifie atteinte à la liberté religieuse, à la liberté du choix du mode de vie, atteinte à l'identité, voire racisme. Ne pas interdire signifie que l'on va laisser s'exprimer, au
risque de s'étendre, des pratiques et des idées qui vont à l'encontre des valeurs républicaines, démocratiques et laïques.
Un pays démocratique doit-il interdire l'action et l'expression de ceux qui veulent détruire la démocratie, la question n'est pas nouvelle, et elle n'a toujours pas trouvé de solution.
En l'espèce, que signifie finalement le port de cette burqa ?
La burqa est définie comme un vêtement couvrant tout le corps de la femme, ne laissant rien apparaître, même pas les yeux, cachés derrière un grillage. Il existe une variante, le niqab, qui ne
laisse voir que les yeux.
Même si c'est un phénomène encore rare en France aujourd'hui (évalué à quelques centaines, peut-être un peu plus), le port de ce type de vêtement met toujours mal à l'aise.
L'argument le plus souvent invoqué est l'intolérable soumission de la femme, son emprisonnement, son enfermement, sa négation. Même dans la rue, la femme est isolée du reste de la société. On
peut par contre imaginer une femme portant volontairement la burqa, sans aucune contrainte ; lui interdire serait considéré comme une négation de sa liberté par les intégristes.
Ce qui choque le plus, est finalement beaucoup plus profond que la simple soumission de la femme. L'inégalité des sexes et le machisme existent encore, à des degrés divers et le port de la burqa
n'en représente pas une variante. Cela va beaucoup plus loin qu'un retour avant le féminisme des années 1960-70. Le malaise vient du fait que l'on se trouve confronté à une manifestation
d'extrémisme et d'intégrisme religieux, à un refus de respecter les valeurs, l'identité et la culture du pays dans lequel on se trouve. Et sous-jacent à ce refus, on perçoit même une volonté de
nier, voire détruire, les valeurs, l'identité et la culture du pays accueillant.
Alors pour défendre nos valeurs de liberté et de laïcité, faut-il interdire ces manifestations vestimentaires ?
Imaginons une loi. Elle devra d'abord définir le vêtement à interdire : burqa, niqab, etc. Cela signifie a contrario qu'elle ne fera rien contre les autres manifestations d'intégrisme, beaucoup
plus nombreuses. L'arbre cachera la forêt, et l'extrémisme ne reculera pas.
Bien au contraire, car il aura alors un boulevard pour s'exprimer, et se faire passer, en toute mauvaise foi, pour une victime de racisme, et d'atteinte à la liberté religieuse. Le risque, en ne
prenant qu'une mesure symbolique, est donc de renforcer l'intégrisme.
Imaginons toutefois que la loi est votée, avec une définition claire de ce qui est interdit.
Que se passera t-il si une femme en burqa se promène dans la rue ? La police peut-elle l'appréhender ? Un tribunal peut-il la condamner, elle, que l'on considère comme une victime ? Peut-elle
condamner le mari, qui jurera ses grands dieux qu'il n'a rien imposé à sa femme, et contre laquelle il va se venger dès que la justice aura tourné le dos ? En résumé, la mise en pratique de
cette interdiction sera t-elle possible ? Personnellement, j'en doute.
Finalement, il serait peut-être plus efficace de discréditer ces manifestations d'extrémisme et d'intolérance. Comment ? Par exemple en lançant la mode de la burqa, pour en détourner le sens :
multiplication des formes, des coupes, des couleurs, des motifs ; burqa longue, burqa au dessus des genoux, burqa décolletée dans le dos, burqa laissant voir le nombril avec le piercing ; burqa
rose, burqa arc en ciel, burqa Hello Kitty, burqa Dolce et Gabbana avec un grillage en métal argenté bling-bling, etc.
La dérision ne victimise pas, elle discrédite, et représente une expression joyeuse et non agressive de la liberté.
Sinon, il y a la solution Groland...