Beau temps, superbe même. Levé 7h00. Dans le Tsubasa Shinkansen, je prends un petit déjeuner japonais. Boeuf et riz, spécialité de Yamagata. La serveuse de JR me fait de grands sourires à chaque
passage.
Je lis la Revue des Vins de France, mais le sujet, "promenades dans le vignoble français", est trop décalé par rapport à mon voyage. Finalement, je regarde le paysage, qui est superbe.
Le Tsubasa se traîne. Arrivé dans la plaine hyper urbanisée, il accélère. Changement à Ômiya, au nord de Tôkyô. 10 minutes de prévues, j'en mets 2, même en observant un Shinkansen à l'arrêt, avec
un design assez étonnant. Les designs des Shinkansen sont parfois particuliers, voire discutables, mais au moins, ils osent ! Les changements sont rapides, précis, les trains ont une
précision horaire incroyable. Shinkansen jusqu'à Nagano. Paysage de plaines rizicoles entourées de montagnes.
Changement à Nagano. A partir de là, il faut prendre un Express qui se tortille et se traîne dans des vallées entre des moyennes montagnes. A Matsumoto, il fait chaud et beau. J'ai prévu de louer
une voiture ici, puis de la rendre à Takayama. D'après le guide Lonely Planet, le moins cher est Nippon Rent a Car, que je dois trouver devant la gare. Lonely Planet étant toujours aussi précis,
je trouve le magasin DERRIERE la gare, que je dois retraverser avec mes bagages. Malheureusement, cette société n'a pas de bureau à Takayama, donc je dois aller chez Eki Rent a Car, DEVANT la
gare. Il fait vraiment chaud.
Chez Eki Rent a Car, enfin, je réserve une voiture. Tout se passe bien. Je dois montrer mon passeport, mon permis français, la traduction de l'ambassade, et laisser une empreinte de ma carte
visa, avant d'hériter d'une Mazda Demio grise. Attention, le volant est à droite ! Je rentre les coordonnées téléphoniques de mon hôtel dans le GPS, puis je me perds, aidé par le même GPS. Après
avoir longtemps tourné en rond, je coupe le système, regarde un vulgaire plan, et trouve mon hôtel tout de suite.
Il s'agit de l'hôtel Kagetsu, qui se trouve près du château. On le repère de loin, grâce à sa tour blanche. C'est une sorte de business hotel, pour ce qui est de l'accueil, mais avec une
décoration intérieure, du moins au niveau de la réception, qui rappelle vaguement l'Allemagne ou l'Europe centrale. Et toujours, en bruit de fond, la musique d'ascenseur que l'on trouve dans tous
les hôtels japonais. Là, c'est un mieux, c'est Mozart ou Chopin.
Au rez-de-chaussée, il y a un grand bain, avec des horaires très larges. Quant à la chambre, de style japonais, elle est grande, belle et confortable, avec une salle de bains intégrée.
Mais je n'y reste pas, préférant profiter du beau temps pour aller visiter le château. Construit au milieu d'un beau parc, il est superbe, tout en bois noir, entouré de douves, et relié à la
terre par un pont rouge. Dans le douves se trouvent de nombreuses carpes et quelques cygnes. Bien que plus petit que celui de Himeji, le château de Matsumoto n'en est pas moins majestueux, et
vaut vraiment la visite.
Je visite l'intérieur du château, puis le parc. Des fenêtres du château, superbes vues sur la ville et les montagnes environnantes.
Je vais ensuite me promener dans le quartier de Nakamachi, que je reconnais tout de suite : avec ses galleries, son sanctuaire et son style bobo, c'est là que j'ai tourné en rond tout à l'heure
avec ma Mazda.
Le soir, au moment d'aller dîner, je repère une adresse dans Lonely Planet : Kura. Elle est difficile à trouver : toujours les imprécisions de ce guide ! Sur le chemin, une boutique branchée
solde de très beaux t-shirts. Le vendeur repère tout de suite que je suis français. Après avoir payé, il refuse de me remettre ma marchandise. Il me raccompagne d'abord à la porte, et là, me
donne mon paquet, cérémonieusement, en me disant, en français, "merci beaucoup".
Je finis par trouver Kura, mais à la place se trouve un ensemble de restaurants assez chers, ne correspondant pas à la description que j'ai lue dans le guide. J'avais pourtant la toute dernière
édition, mais visiblement, en dehors des sentiers battus, les mises à jour sont aussi mauvaises que les localisations !
Finalement, dans Nakamachi, je trouve un restaurant de o-den (légumes et oeufs à la vapeur, mais rien à voir avec les menus vapeur des restaurants chinois). A l'intérieur, deux clients au
comptoir, et la patronne en kimono, à l'air peu avenant.
Je commande un moriawase et une bière. Les deux clients, un Japonais de Nagoya et un demi-Coréen d'Ôsaka, entament la conversation, à laquelle se mèle Mama (la patronne), finalement tout à fait
sympathique. Nous parlons surtout de sumo. Je reprends une deuxième bière. Mama a toute une série de chemises en plastique, avec des prospectus sur la région. Elle m'en donne tout un paquet.
Nous quittons le restaurant avec les deux clients. Le Japonais, fatigué, rentre à son hôtel. Le Coréen me propose d'aller boire un coup. Il m'invite dans un bar qui ressemble à un bar à hôtesses,
pour boire du saké. Nous nous installons sur un canapé. Sur les autres canapés se trouvent trois clients, qui discutent avec une fille un peu forte et une autre vraiment superbe.
La patronne vient nous parler. A moitié russe, 47 ans, le visage émacié et surmaquillé, habillée d'une longue robe et chaussée de hauts talons. Elle parle avec une voix d'homme, et s'émerveille
de tout ce que je dis en me faisant des yeux de merlan frit. Au bout d'un moment, mon compagnon chante une chanson au karaoke, poliment applaudi par les autres personnes, puis paie. Nous nous en
allons. Finalement, malgré l'aspect malsain de l'endroit, tout s'est passé le plus normalement du monde.
Je rentre à l'hôtel à minuit. Je prendrai un bain demain. Je me promets que demain, je ne boirai que du thé. De toute façon, j'ai rendez-vous avec Y., le mari de J. Il est professeur de
littrérature comparée à l'université de Matsumoto, donc je l'imagine pas boire d'alcool.