Aujourd'hui, visite de la vallée de Kiso. Cette route, appelée Nakasendô, était une des principales du Japon, au même titre que Tokaidô. Elle relie Matsumoto à Nagoya, et est parsemée de quelques
jolis villages, qui servaient d'étapes pour les voyageurs des siècles passés, ainsi que de relais de poste.
A 12 heures, j'ai rendez-vous devant la gare de Nakatsugawa, au sud de la vallée, avec mes amis Kanô. Ce couple, de 45 ans environ, habite un village de la région de Nagoya, perdu dans les
montagnes et les rizières. Ils fabriquent du washi, le papier traditionnel japonais, constitué de fibres végétales. Ils créent également, à partir de ce washi, des objets, qu'ils exposent,
parfois en Europe.
Je les avais rencontrés en 2005, dans leur maison, et j'avais été séduit par leur extrême gentillesse, leur calme, leur amour de la nature, leur pacifisme, leur simplicité et leur générosité.
S'ils exposent en Europe, je ne manquerai pas de l'annoncer sur ce blog.
En attendant, je prends la Route Nationale 19, vers le sud cette fois. La route est sinueuse, le traffic est dense, avec beaucoup de camions et beaucoup de travaux. Et beaucoup de feux rouges à
la sortie de Matsumoto. Je mets plus de 2 heures 30 pour parcourir les 120 kilomètres qui me séparent de Nakatsugawa ! Je fais donc l'impasse sur les villages de Magome et Tsumago, que j'avais
prévu de visiter en cours de route. A la sortie de Tsumago, sur la 19, un singe est allongé, il vient de se faire écraser. Je me perds dans Nakatsugawa et mets plus d'une demie heure à
trouver la gare. Je manque même de rentrer dans une voiture à l'arrêt. Freinage d'urgence, dérapage sur la chaussée humide. Eh oui, en plus, il pleut à moitié.
Les Kanô m'attendent devant la gare. Ils m'emmènent dans la ville, déjeuner dans un restaurant traditionnel, tenu par une grosse femme, drôle et gouailleuse. Le menu, imposé, est très bon. Les
Kanô m'offrent des cadeaux : très belles cartes en washi, et pains confectionnés par Akiko, une de leurs amies qui a appris la boulangerie à Paris.
Ils m'emmènent ensuite dans une boutique traditionnelle, du style de celles que l'on peut trouver à Kyôto, et qui fabrique des spécialités aux marrons. Nous parlons beaucoup de cultures française
et japonaise, et de religion.
Nous décidons d'aller à Tsumago, que je comptais visiter en venant. Je les suis en voiture. Petite parenthèse : aux passages à niveaux, les Japonais attendent que la voiture précédente soit
complètement passée avant de s'engager. Appliquée en France, cette règle permettrait d'éviter les nombreux accidents que l'on voit depuis un certain temps. Fin de la parenthèse.
Tsumago est l'un des relais dont je parlais plus haut. Il servait surtout d'étape aux seigneurs qui allaient à Tôkyô, lorsqu'ils étaient rappelés par le shôgun.
Nous nous promenons dans le village, qui est très calme et très joli. Il est constitué de nombreuses maisons anciennes, en bois, et entouré de montagnes. Beaucoup d'hirondelles. Les maisons sont
jolies. Certaines ont été reconstituées dans leur état ancien : maison de marchand, maison de paysan, auberge bas de gamme, afin de voir la façon dont vivaient les habitants de l'époque.
Les intérieurs sont plus que simples : un couloir en terre battue, faisant office de cuisine, le reste étant constitué d'une estrade en bois. On retrouvera ce même schéma de base à Shirakawa-gô.
Dans tout le Japon, à toutes les époques ou presque, quelque soit la profession ou la classe sociale, on n'est jamais directement sur la terre battue. Et on se déchausse systématiquement avant de
monter sur le parquet ou sur les tatamis.
Nous visitons ensuite la maison d'un seigneur. Beaucoup de pièces, et même des toilettes : un urinoir, en bois, avec un couvercle, et pour le reste, l'ancêtre des toilettes à la japonaise (une
variante des toilettes à la turque), mais aménagés sur les tatamis. Il valait mieux être adroit...
Ensuite, visite d'un temple. Personne à l'intérieur. On entre comme dans un moulin. Il y a plusieurs paniers contenant des chats en peluche qui dorment. On peut laisser une offrande dans un des
paniers. Des objets et des prospectus sont en vente. Il suffit de laisser une pièce et de se servir. Confiance absolue. Plusieurs pièces, décorées de dorures. Au fond, une grande pièce avec les
urnes des moines décédés.
Nous allons ensuite prendre le thé dans une jolie boutique, très propre, de style traditionnel, avec un beau parquet verni. Pendant que nous buvons notre thé, la patronne vient discuter
longuement. Nous parlons de nouveau de religion, et de "homestay", que la patronne pratique, tout comme les Kanô. Ils me soumettent d'ailleurs l'idée que je pourrais venir à Ôbara, leur village,
plusieurs jours pour enseigner (un peu) le français à l'école du village. Ce projet me plaît bien.
Avant de partir, petit passage par les toilettes, équipées d'un washlett dernier cri. Gros contraste avec le reste de la boutique.
Je quitte les Kanô sur le parking. Ce sont vraiment des personnes charmantes. Je reprends la 19 vers le nord. Route toujours aussi difficile. Je prends de l'essence en route. Pour savoir ce que
dois mettre dans le réservoir, le vieux pompiste sent le bouchon. Tout simplement. La nuit tombe à mon arrivée à Matsumoto.
Je pose ma Mazda à l'hôtel puis vais manger. Il commence à pleuvoir. Je vais tout de même voir le château, de nuit. Il est vraiment beau. Comme il pleut vraiment fort, je me réfugie dans un
restaurant de soba situé juste à la sortie du parc. Accueil peu sympathique, digne d'un site touristique français.
De retour à l'hôtel, je mange les pâtisseries d'Akiko : un croissant, un pain aux champignons (en forme de pain aux raisins) et un sandwich au jambon.
La nuit, un peu de vent. Matsumoto a l'air beaucoup très venteuse. J'ai même été réveillé, la nuit précédent, par un mini tempête.