Le blog du vin ET du Japon.
Départ vers 9 heures. J'ai prévu trois visites avant d'arriver à Shirakawa-gô, où je dois être avant 17 heures. Tout va dépendre de la route.
Je prends la 158. Je dois la suivre jusqu'à sa fin, pour ensuite prendre la 156 vers le nord. Je suis finalement presque tout seul sur la 158, qui de plus se révèle magnifique. Les paysages sont plus beaux que sur la 19, et il n'y a pas tous ces locaux d'activité, stations service ou aires de repos, et le temps s'est remis au beau. Et comme on est à la montagne, il ne fait pas trop chaud (22° le matin).
La route serpente entre les montagnes, avec les torrents qui coulent en contrebas. Beaucoup de tunnels. Mon GPS, dont j'ai coupé le son mais dont j'ai laissé l'image pour savoir où je me trouve, fonctionne dans tous les tunnels, même les plus vieux et les plus étroits des tunnels de montagne.
Au détour d'un virage, je vois un singe commençant à enjamber une glissière de sécurité, prêt à traverser sous mes roues. Heureusement, en me voyant, il fait demi-tour et disparaît dans la végétation.
Premier arrêt à Norikura, montagne avec un domaine skiable et plusieurs onsen. Bien sûr, je ne vais pas monter au sommet, mais juste faire un tour et visiter une cascade. Il faudrait plusieurs jours pour visiter toute la région. A la sortie du parking, je demande mon chemin à deux couples de personnes âgées. Avant d'aller voir la cascade, ils me conseillent de passer par l'étang qui est tout près, dans la forêt. Les mamies commencent à discuter, et me décrivent l'étang, qui est paraît-il joli : on peut y entendre des grenouilles, et y voir des plantes qui poussent dans l'eau, ainsi que des libellules, d'un bleu vert aussi beau que mes yeux. Leurs maris s'impatientent, peut-être n'apprécient-ils pas les compliments qu'elles me font.
Petite promenade au frais dans la forêt.L'étang est entouré d'arbres, les montagnes forment un très bel arrière-plan. En effet, des plantes poussent dans l'eau, on voit des libellules, et même des canards. Et le silence est transpercé par le coassement des grenouilles.
Je continue ensuite le chemin juusqu'à la cascade. Elle n'est pas immense, mais elle est impressionnante, avec, autour, un très beau paysage de montagnes et de forêts. Je retourne à la voiture par la route, en admirant le mont Norikura.
Je reprends la route, toujours aussi superbe. Je suis presque tout seul. Deuxième étape : Shirahone onsen. Ce onsen, complètement perdu et accessible uniquement en voiture, se compose uniquement
de quelques établissements en bois construits le long d'une route en impasse, entourée de montagnes.
Je choisis l'un d'entre eux, le Awa no Yu. Je laisse ma voiture sur le parking isolé, avec tous les bagages à l'intérieur. Aucun risque, on est au Japon. Le bâtiment est moderne et peu attrayant. Par contre, dans le bain, tout est en bois. Il y a deux bassins : le premier à 39 degrés, et le second, souffré, à 42. La différence me paraît beaucoup plus importante. Il y a aussi un rotemburo (bain en plein air) mixte. Il est très grand, l'eau est turquoise. Il est entouré de rochers. Au dessus, les arbres et les montagnes : c'est vraiment très beau. Deux grandes gouttières en bois laissent tomber de l'eau de plusieurs mètres de haut. On peut se mettre dessous pour se faire masser le crâne et les épaules.
Je suis tout seul et reste un moment dans cet endroit superbe, très relaxant et très reposant, pour les yeux, le corps et l'esprit.
Une fois bien détendu, je reprends la route, direction Kamikôchi. Malheuresement, l'accès à ce lieu est fermé. Je continue donc sur la 158.



Je traverse la ravissante ville de Takayama, que j'avais visitée en mai 2005. Dans la rue, un homme marche, en cognant deux bâtons en bois et en criant des annonces. Pour quel événement ?
Après Takayama, à la fin de la 158, au croisement de plusieurs vallées, il y a un embranchement d'autoroute. Plusieurs viaducs se croisent et se superposent, à plusieurs dizaines de mètres au dessus du sol. Vraiment impressionnant : très beau béton, architecture très fine. Et dire que c'est prévu pour résister aux tremblements de terre !
Encore quelques kilomètres et je prends la 156 vers le nord. Elle est presque déserte. Il fait de plus en plus chaud. J'arrive finalement à destination plus tôt que prévu. J'ai réservé deux nuits, dans deux auberges différentes. Aujourd'hui, c'est l'auberge Kidoya. Quand j'y passe, il n'y a qu'un enfant. Il téléphone à sa mère, qui lui dit que je dois repasser à 5 heures. Le gamin me demande alors si je sais quand il est 5 heures. Devant mon air intrigué, il me montre sur une pendule qu'il est 5 heures quand la petite aiguille est sur le 5.
En attendant que la petite aiguille soit sur le 5, je vais me promener dans le village. Malgré la foule de touristes, il est très joli. Il est entouré de montagnes et de rizières, et longé par une rivière de montagne, dont le lit est très large, et qui doit être tumultueuse à la fonte des neiges. Côté ouest, un pont relie l'aire d'autoroute, où sont stationnés de nombreux cars, qui déversent les touristes dans la journée, avant de les récupérer le soir.
Le village n'est construit que de maisons en bois, dites gassho-zukuri, ou constructions en maintes jointes. Cela vient du fait que les toits, en chaume, sont très pentus, et descendent souvent presque jusqu'au sol. La forme du toit rappelle la forme des mains jointes pour la prière. Ce village est classé patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.
A côté de l'auberge Kidoya, se trouve un joli sanctuaire, dominé par les arbres et la montagne. Egalement un temple, le Myôzenji, et une gassho zukuri que l'on peut visiter. A l'intérieur, on peut voir le type de construction, ainsi que les objets quotidiens d'autrefois. Forte odeur de fumée.
Près du pont, marquant l'entrée du village, un petit sanctuaire. Et juste à côté, dans une impasse un peu à l'écart, une maison, typique comme les autres, avec son toit de chaume. Sur la terrasse en bois, insensible au flot des touristes, ombragée par un store en bambou qui dessine des traits lumineux, une collégienne fait ses devoirs calmement. Moment de grâce. Je traverse le village, avec ses boutiques. Quelques objets de Ghibli et un tanuki sur une devanture.
A 5 heure, je me présente à l'auberge. Je suis accueilli par la patronne, une jeune femme à la tête ronde et aux bras potelés, gouailleuse et dynamique. Elle m'installe dans l'une des chambres. Très simple, elle n'est séparée des autres que par des portes coulissantes. Pas de clé. Par contre, les toilettes sont très confortables et très bien équipées.
Quant au bain, il est très agréable : la baignoire est en cèdre, recouverte de deux couvercles également en cèdre, afin de maintenir la température de l'eau. Quand on soulève les couvercles, se dégage une forte odeur de cèdre. Excellent moment de détente, malgré la chaleur.
Après le bain, revêtu d'un yukata (kimono en coton léger, fourni en général dans toutes les auberges) et chaussé de geta (soques en bois), je prends l'air devant l'auberge, au soleil du soir, qui enjolive les maisons et renforce le vert des rizières et des montagnes.
Dîner à 18 h 00. Je suis le seul client ce soir-là. On m'installe dans la salle à manger, par terre, à côté d'un irori et devant les informations locales qui passent sur un écran plat Sony dernier cri. Evénement de taille : on doit inaugurer, le lendemain, le dernier tronçon de l'autoroute reliant Tôyama à Takayama. Un échangeur est prévu près du village, pour le désengorger.
Très bon repas local, composé de divers légumes marinés ou saumurés, de tofu, de nouilles, de soupe miso, d'un poisson grillé, et de viande, à cuire sur un réchaud dans une marmite. Comme boisson, du sake non filtré.
Après le dîner, toujours en yukata et en geta, je vais prendre l'air. C'est l'heure où tout s'apaise pour quelques instants : le ciel rosit, le vent tombe, les bruits de la nuit n'ont pas encore remplacé ceux de la journée. L'air se fait beaucoup plus léger. Les hirondelles virevoltent au dessus de ma tête. J'ai l'impression d'être seul dans le village; Je ne dois pas être loin de la réalité.
Je me promène dans le village. Je vais jusqu'au pont. Les montagnes sont nimbées d'une légère brume. On entend que le grondement de la rivière. Instant de sérénité, magique, que l'on aimerait
partager avec les être les plus chers. Je rentre tranquillement me coucher.