Aujourd'hui, dimanche 13 juillet, c'est le dernier jour au Japon. Ce soir, j'ai rendez-vous à Ôsaka pour dîner avec M. En attendant, j'ai décidé de ne pas faire grand chose, c'est à dire de me
balader traquillement dans la ville, de faire les boutiques, et de rechercher la fraicheur. De toute façon, je suis à Kyôto, donc il va bien se passer un événement ou un autre.
Je sors de l'hôtel vers 9 heures. Le temps est légèrement couvert, donc il fait un peu moins chaud que les jours précédents (30 au lieu de 35, il faut relativiser). Au premier angle de rue, de
nombreuses personnes sont assises par terre ; surtout des hommes autour de la cinquantaine. Par curiosité, je m'approche pour savoir ce qu'il se passe. Ils sont tous venus pour un festival de
blue grass, qui accueille chaque années plus de 1 000 personnes. Je discute avec quelques uns. On trinque. Ils m'offrent le sake. A 9 heures du matin, par 30 degrés, sans avoir déjeuné. Mais
comme ils sont sympas et que je suis poli, je vide mon gobelet en plastique, tout en discutant. Ils me donnent leurs coordonnées : je suis invité à passer quelques jours chez eux à Nara lors de
mon prochain voyage.
Au moment où je les quitte, le soleil réapparaît, et la température monte automatiquement. J'ai la tête qui tourne, le ventre vide, mais je suis content. Vite, je cherche un café pour prendre et
le frais, et un petit déjeuner. Je trouve un café à l'entrée de Maruyama kôen, où je peux, en même temps, feuilleter des jolies revues.
Ensuite, visite de l'un des nombreux et superbes temples qui se trouvent derrière Maruyama kôen.
Il y a un enterrement, donc je ne reste pas. Je me dirige vers la ville, en traversant Yasaka jinja. Mais au milieu du sanctuaire, une foule importante, semble attendre quelque chose. A l'entrée
du sanctuaire côté est, deux jeunes hommes, en tunique courte et sandales, font rebondir derrière eux une grande tige métallique, qui résonne. L'attente est longue. A l'ombre, un Français, avec
sa fille métis (franco japonaise), toute mignonne dans son petit kimono. Une mamie d'Ôsaka, qui ne les connaît pas, lui propose de garder sa fille pendant que lui va faire des photos au soleil
dans la foule.
Et soudain, les deux jeunes hommes avancent, suivis de tout un cortège de prêtres en grande tenue, et d'hommes en kimono, agitant leurs éventails. Et 3 garçons, de moins de 10 ans peut-être,
habillés et maquillés, protégés par un grand parapluie, et éventés par un large éventail. Au milieu, des jeunes hommes portent des coffres.

Ensuite a lieu une cérémonie dans le santuaire lui-même. La foule attend dehors, à la chaleur ; à l'intérieur, une musique shintô lancinante. Sur le côté, à l'ombre, les porteurs attendent,
discutant avec la mamie d'Ôsaka et le père de la petite fille. Dans un autre coin, toujours à l'ombre, plusieurs femmes en kimono, avec une ribambelle d'enfants, également en kimono. Yasaka jinja
est écrasé par la chaleur et le bruit des sauterelles.

Après la cérémonie, tout le monde sort du sanctuaire, pour ressortir par la porte de l'est. Enfin, l'un des enfants est sorti, porté par un homme en kimono. A la sortie, un cheval l'attend.

Puis la foule s'éparpille, et la vie reprend ses droits dans Yasaka jinja, qui se prépare pour la fête du Gion Matsuri. Dans l'allée qui monte de Shijô, des ouvriers installent les baraques qui
vont vendre la nourriture.

Je vais ensuite trainer dans Gion, faire les boutiques, me rafraichir dans les cafés. Sur Shijô-Kawaramachi, je croise une maiko. Elle rentre dans une librairie pour acheter des mangas.

Je vais prendre le bus pour aller à la gare, puis à Ôsaka, où je compte me promener un peu. Mais finalement, malgré la chaleur, je décide d'aller à la gare à pied, en passant jeter un dernier
coup d'oeil aux chars du Gion Matsuri.
Excellente décision, qui permet à Kyôto de m'offrir un dernier cadeau. Sur Shijô, plusieurs chars sont terminés. Des passerelles ont été aménagées depuis le premier étage des maisons, permettant
de monter sur les chars. Pour cela, il faut acheter une amulette comme celle que j'ai achetée la veille au soir. A l'entrée d'une des maisons, on me demande mon amulette, que j'ai oubliée à
l'hôtel. On me fait confiance, et je peux rentrer.
A l'intérieur, une exposition de kimonos.

Du premier étage de la maison, on peut monter sur la passerelle en bois, puis sur le char. De nombreux enfants les visitent, accompagnés de leurs parents. En bas, des marchands de thé.

Dans une des rues perpendiculaires à Shijô Dôri, la foule est encore plus importante. Les passerelles ont été enlevées, et les chars ne peuvent pas être visités, car a lieu une sorte de
répétition générale. Sur le toit, deux jeunes hommes sont assis. A l'intérieur, une trentaine de musiciens jouent la musique du Gion Matsuri : une musique faite de percussions aigues et de
flutes, très répétitive. A l'avant du char, au dessus de la foule, deux hommes en kimono, tenant un éventail. Et devant, deux grosses cordes, de plusieurs dizaines de mètres de long, tenue par la
foule, essentiellement composée d'enfants, avec leurs parents.
Au moment où j'arrive, les deux hommes en kimono poussent des cris en agitant leurs éventails, et la foule commence à tirer les chars, qui s'ébrouent dans une série de craquements. Il faut
imaginer ces centaines de personnes, dans une atmosphère très bon enfant, tirant lentement et sans efforts ces mastodontes de 7 tonnes, 35 mètres, tout en bois, à essieus fixes et non
dirigeables. En fond sonore, la musique, les cris des "pilotes", les craquements du bois et le bruit de la foule bon enfant.
Les manoeuvres sont simples. Juste devant le char, derrière la foule, des hommes placent une cale en bois pour arrêter le char, ou tapent latéralement sur les roues avec un gros marteau également
en bois pour le faire tourner ou le remettre dans son axe.
D'un côté de Shijô, 3 chars, de tailles différentes. De l'autre côté, 2, dont un plus bas, en forme de bateau. Ils se rejoignent au carrefour. Malgré la foule, la circulation de Shijô n'aura
presque pas été arrêtée. Lorsque je suis arrivé, il était 15 heures piles. J'ai sorti mon appareil photo, mais un homme m'a fait signe de venir tenir la corde pour tirer avec tout le monde. Les
chars sont allés en avant, puis en arrière, puis de nouveau en avant, jusqu'à leur point de départ. Tout s'est arrêté à 16 heures piles. Incroyable organisation, précisions d'horlogerie, digne
d'un Shinkansen, dans une sécurité absolue, le tout avec seulement des madriers de bois, des cordes, des éventails et des kimonos. Surprenant Japon.
Les chars

Les manoeuvres

La foule venue admirer et tirer les chars
Une fois les festivités terminées, je me rends tranquillement à la gare, à pied. Dans la rue, un livreur de sake.

Soirée agréable avec M. à Ôsaka. Nous dînons dans une izakaya, puis nous faisons un tour dans Umeda. Hélas, son mari travaille, je ne ferai pas sa connaissance aujourd'hui.
Retour par la train à Kyôto, puis dernière nuit au ryôkan.
14 juillet : départ du ryôkan, bus jusqu'à la gare. Il fait toujours beau. J'ai toujours un pincement au coeur quand je quitte Kyôto,
surtout après tout ce que j'y ai vécu. Petit déjeuner à la gare. Le train arrive. Les employés montent pour nettoyer l'intérieur. D'un simple bouton, tous les sièges sont remis dans le bon
sens. Je monte dans le train climatisé. Dehors, il fait déjà 35.
L'aéroport du Kansai a été bâti sur la mer, sur une île artificielle. Pour y arriver, le train passe sur un pont impressionnant.
Le voyage se passe bien. Escale à Helsinki. Dans la zone de transit, je découvre un bar à vin, tenu par Peter, un grand type dégarni avec une barbichette. Très bon connaisseur, et très pince
sans rire. Des Tchèques essaient tous les champagne. La conversation s'engagent sur l'hiver finlandais.
Question des Tchèques : que boivent les Finlandais l'hiver quand il ne fait presque pas jour ?
Réponse de Peter : l'hiver, on ne boit pas, on dort. Nous avons de très agréables soirées à la maison. Dans ces circonstances exceptionnelles, les couples font preuve d'une imagination
insoupçonnée...