Wenceslau de Moraes est un écrivain portugais, né en 1854 et mort en 1929. D'abord officier de marine, puis diplomate, il finit par s'installer au Japon, où il épouse une Japonaise, O-Yone.
Celle-ci décédée, il vit avec sa jeune nièce, Ko-Haru, qui décède également peu de temps après.
Malgré tout, Wenceslau de Moraes décide de rester au Japon, où il vit chichement, comme un étranger. C'est là qu'il écrira.
Ce livre se compose de plusieurs récits, décrivant le Japon du début du XXème siècle, à travers sa vie et ses expériences, parfois tristes et pleines de mélancolie.
On peut ainsi découvrir la vie quotidienne, et non celle racontée ou imaginée par les historiens, de ce Japon qui vient de rencontrer l'Occident, et qui évolue à grande vitesse entre sa culture
et la culture européenne, entre ses traditions et le monde moderne dans lequel il vient de rentrer avec fracas.
Et ce Japon, encore très traditionnel par certains côtés, n'est finalement pas si différent de celui d'aujourd'hui, épris du modernisme dernier cri et de ses traditions les plus séculaires, très
curieux de l'étranger et complètement lui-même, futuriste et immuable.
On y retrouve également une très bonne description du caractère des Japonais, et surtout des Japonaises, appelées "musume" dans le livre. Ces petites Japonaises qui acceptent des cadeaux des
étrangers auxquels elles font visiter des lieux touristiques ne sont finalement pas très différentes des Shibuya ou Ginza girls actuelles, faussement timides, souriantes, grâcieuses, élégantes,
mutines et décomplexées.
On y trouve également la sécurité, l'honnêteté, le caractère zen et pacifique, comme l'histoire du samurai Tsukuhara Bokuden, qui vaint sans combattre et sans faire couler le sang.
Un des chapitres les plus intéressants est celui sur le suicide, déjà très pratiqué à cette époque, apparemment de la façon la plus naturelle et la plus détachée qui soit. Cette citation un peu
longue traduit finalement bien l'impression que me donnent les Japonais :
"Et l'on arrive ainsi à un curieux paradoxe qui nous pousse à admettre que ces gens qui ne cessent de sourire, qui oublient promptement chagrins et revers, qui sont d'une sobriété
incomparable, qui se délectent comme des enfants des arbres en fleurs et des joliesses du paysage et qui, enfin, savent comme personne s'emparer dans la vie de mille petits riens qui les
enchantent et donnent à leur existence un tour insouciant et plaisant, ces gens sont en même temps ceux qui auront le plus de facilité à prendre congé de ce monde, par un acte volontaire, mettant
fin à leurs jours très souvent sous les prétextes les plus frivoles."
Wenceslau de Moraes
O-Yoné et Ko-Haru
Editions Phébus