Le blog du vin ET du Japon.
Après le film, Mondovino est sorti en série, avec 10 épisodes, qui reprennent en développant les thèmes du film.
Ce film, qui a fait couler beaucoup d'encre et suscité beaucoup de polémiques, a eu l'avantage, malgré ses défauts et ses partis pris, de parler du monde du vin, et d'en révéler bien des aspects. Certes, Nossiter agace, avec son côté pourfendeur des inégalités et défenseur des gentils petits contre les méchants grands. Mais il pose beaucoup de questions, et n'est pas forcément toujours si loin de la réalité.
Dans la série, on retrouve les mêmes personnages que dans le film. L'épisode 1 s'intitule "Où est Astérix ?". Comme dans le film, le thème central et de départ est le village d'Aniane, dans l'Hérault (Languedoc). C'est le village qui a résisté à Mondavi, l'envahisseur impérialiste américain. Le rôle d'Astérix est joué par Aimé Guibert, personnage emblématique, et producteur du réputé Mas de Daumas Gassac.
Pour résumer, la famille Mondavi a voulu créer un grand vin dans ce village, en rachetant des terres actuellement occupées par un massif forestier. L'opération n'a pu se faire, du fait de l'opposition de certains villageois, chacun pour des raisons qui lui sont propres, mais officiellement pour défendre l'environnement et empêcher de raser un massif forestier.
Mais très vite, d'autres arguments font surface, et principalement la défense d'une viticulture de terroir, artisanale, respectant la terre et l'histoire, face à une viticulture industrielle,
dominatrice, uniformisée et uniformisante.
A Aniane, on trouve l'ancien maire, monsieur Ruiz, socialiste, pro Mondavi, et le nouveau, monsieur Diaz, communiste, anti Mondavi. Comparaison très habile, car nous avons deux anciens immigrés,
de sensibilités politiques proches. Le premier estime que le projet était une chance énorme pour la commune et la région, le second critique surtout le fait que Mondavi serait arrivé sans
prévenir, en posant ses gros sabots sur un petit territoire, sans aucune concertation.
Nous voyons ensuite un couple, monsieur et madame Gay, qui se sont surtout opposés au maire, par pur respect de l'environnement et du massif forestier de l'Arboussas.
Chez les vignerons, nous retrouvons les pro, incarnés par le domaines de la Grange des Pères. Leurs arguments sont peu convaincants, on se demande presque s'ils ne se sont pas trouvés de ce côté
un peu par hasard. Nossiter essaie de les piéger, assez maladroitement, en leur demandant s'ils aiment le cinéma américain. Evidemment, ils n'aiment pas, Nossiter essayant alors de les convaincre
que Mondavi est l'équivalent viticole des grosses productions industrielles hollywoodiennes.
Au milieu, on retrouve Aimé Guibert, grand vigneron et brillant Astérix, sous sa banière de défenseur du terroir. Tout aussi brillamment, il joue au paysan qui respecte l'authenticité, avec une
verve et une gouaille incroyables. Et vraisemblablement un peu de mauvaise foi. J'ai retenu quelques citations.
" Un grand vin, c'est beaucoup d'amour, beaucoup d'humilité, un grand lien avec l'immatériel, avec le sol, avec le temps, avec le climat. C'est un métier de poète, faire un grand vin."
"Le vin est une relation presque religieuse entre les hommes et les éléments naturels."
"Bordeaux a produit des grands vins, qui ont traversé le temps. Aujourd'hui, c'est uniquement du financier."
"Le vin est mort. Et également le fromage et les fruits."
On ne peut qu'être d'accord avec ces envolées lyriques.
Guibert est également soumis à la question du cinéma, avec laquelle il s'en sort mieux que La Grange des Pères. Son film préféré ? "Le Dictateur : un type qui a cette indépendance d'esprit de
montrer le risible du pouvoir. Et tout le monde se couche devant le pouvoir. Aujourd'hui, on se couche devant l'argent."
De l'autre côté de l'Atlantique, on questionne également le clan Mondavi. Pour eux, l'épisode d'Aniane ne semble pas avoir plus d'importance que çà, et pourtant...
On est d'abord accueilli dans la propriété. C'est la Californie, dans toute sa splendeur, avec son climat, son autosatisfaction, son autocélébration, son autoadmiration. La "maison" Mondavi
apparaît comme une grosse industrie, une immense entreprise, un hymne à la famille Mondavi. On est à des années lumières du terroir et de la poésie.
La caméra est d'ailleurs accueillie par un agent de sécurité, aussi fermé et suréquipé qu'à Fort Knox.
Puis on interroge les uns et les autres, pour remonter au roi Robert. Dans ce clan, chacun joue son rôle, à la californienne, accueillant systématiquement le visiteur par une remarque
excessivement émerveillée sur la chance d'habiter dans un pays avec un climat pareil. Puis chacun essaie de (se) convaincre de l'humanité et de l'authenticité de cette entreprise. Alors que l'on
éprouve l'impression d'être devant une immense fabrique, trop propre, complètement inhumaine, cherchant à en mettre plein la vue et flatter l'égo de son fondateur.
La barrière du vigile franchie, on est accueilli par la secrétaire, qui parle longuement de la verrue que l'on vient d'enlever à l'oeil de "Robert". Eh oui, Robert a des verrues, vous voyez,
Robert est un homme comme les autres. N'est-ce pas formidable ?
Puis la caméra a un entretien avec Nancy Light, l'attachée de presse, qui a cette phrase merveilleusement décalée : "Robert est vraiment impliqué dans le création du vin. Il est aussi homme
d'affaires et, plus récemment, philosophe. Il a une philosophie du vin." Non, je n'invente rien, elle l'a vraiment dit ! On sort de cet entretien avec la quasi certitude que "Robert" est surtout
un homme d'affaires qui essaie de faire un produit industriel appelé "vin".
Enfin, on accède au saint des saints, "Robert". Petite interview de "Robert" et ses fils. Tous semblent ne pas être traumatisés par l'échec d'Aniane. Le Languedoc n'a pas voulu de nous, tant pis
pour eux, nous sommes allés en Toscane.
Sentiment que confirme le représentant de Mondavi en Toscane, un jeune Français aux dents longues, qui surjoue devant la caméra le récitant de la philosophie Mondavi. Pour lui, Aniane n'est qu'un
épisode, et même pas un échec, car finalement, qu'est-ce que 50 hectares de plus ou de moins pour l'empire Mondavi ? Certes.
Il oublie toutefois de dire que c'est surtout l'orgeuil, l'égo, des Mondavi qui en sort blessé. On devine que mettre le pied en France, pays du vin, aurait peut-être été pour eux une
consécration, une ultime étape, sans laquelle ils ne seront jamais complètement reconnus dans le monde du vin. Tant qu'ils ne seront pas en France, il manquera la pièce principale à leur empire,
et ils resteront simplement des hommes d'affaires, de nouveaux riches qui font du vin.
Nous quittons la Californie sur cette incroyable phrase d'un des guides du domaine, devant un groupe de touristes : "une fois dans le verre, le vin doit évoquer un vignoble fabuleux, vous faire
imaginer un fabuleux vignoble dans le Chianti, dans le sud de la France ou ailleurs !" Surréaliste, mais tellement révélateur.
Entre les deux côtés de l'Atlantique, on retrouve Michel Rolland, l'un des personnages clé de la série, brillant et génial oenologue, toujours rieur et sympathique. Lui, il travaille pour tous
ceux qui ne savent pas faire de vin, pour les artistes, les hommes d'affaires... comme Depardieu, Bouquet (Carole), Mondavi (certainement la meilleure façon pour ce dernier de s'impliquer dans la
création du vin), ou Bernard Magrez.
Bernard Magrez justement, qui conclut l'épisode. Avec Gérard Depardieu (et surtout avec son argent), il a acquis 8 domaines en un an, dont un à Aniane. Mais lui ne s'est pas installé sur
l'Arboussas, et se serait concerté avec les autochtones. Il a aussi mis tout le monde d'accord : pour les pro Mondavi, Magrez n'est que la version française de Mondavi, donc une victoire pour
eux. Pour les anti Mondavi, une façon de prouver qu'ils ne sont pas fermés par principe aux hommes d'affaires venant de l'extérieur.
A suivre...