Comme vous l'avez remarqué, je suis en train de consommer mon stock de Bordeaux 1998. Il faut dire que j'en avais acheté une grande quantité de cette année-là. L'euphorie d'être champion du monde
? Que nenni, ils n'étaient même pas vendangés quand Zizou et Petit ont fait danser la samba aux Brésiliens.
L'euphorie d'être champion d'Europe quand ces vins sont sortis en 2000 ? Non plus, car je les avais déjà commandés en primeur en 1999 !
Non, c'est juste qu'à cette époque, j'avais un super caviste, qui savait dénicher les meilleurs vins aux meilleurs prix.
Il me restait donc 2 bouteilles de Fieuzal de cette année mythique. Et il ne m'en reste aujourd'hui qu'une seule, ayant débouché l'autre pas plus tard qu'il n'y a pas longtemps.
L'ayant payée plus cher et l'attendant depuis plus longtemps que la baguette de chez Lenôtre, l'attente que j'en avais était infiniment plus grande. Et ma déception aussi, quand l'odeur qui s'est
dégagée du verre s'est révélée aussi nauséabonde que celle qui m'avait inquiétée lorsque j'ai approché mon nez du bouchon. Déception pouvant se résumer à 3 lettres : TCA. Eh oui, que je le
veuille ou non, ce Fieuzal 98 était bouchonné ! Après plusieurs heures d'aération, le lendemain, le surlendemain, il était irrésistiblement bouchonné.
Ma déception a été telle que j'en ai rêvé la nuit suivante. J'étais dans ma cuisine, un verre de ce vin à la main. Face à moi, Michel Rolland. Je lui dis quelque chose comme "tiens, monsieur
Rolland, j'ai ouvert un Fieuzal 98, vous allez me dire ce que vous en pensez". Il prend le verre, le porte à son nez, et aussitôt, fait tomber le verdict : "oh, ben il est bouchonné, çà se sent
tout de suite !"
Là, je me sens fier de voir mon jugement confirmé par monsieur Rolland. Du coup, je m'enhardis, et me lance dans une analyse sensorielle sur les qualités en bouche de ce vin : dommage qu'il soit
bouchonné, car en bouche, il est rond, il a de la présence...
Monsieur Rolland me coupe : "en bouche, il est toqué".
Je m'arrête un court instant, ne sachant que penser de cette remarque, et repars : oui, il est rond, il est très présent, il a du caractère, une très bonne longueur...
Monsieur Rolland me coupe à nouveau : "oui, en bouche, il est vraiment toqué".
Moi : "mais dites-moi au juste, monsieur Rolland, qu'entendez-vous par
"toqué" ?
Et c'est à ce moment-là que je me suis réveillé.
Alors monsieur Rolland, si par le plus grand des hasards, vous passiez par ce blog, pourriez-vous me dire ce qu'est pour vous un vin "toqué" ?
Je vous en remercie par avance, et vous présente mes meilleures salutations.