Après un petit tour aux Etats-Unis et au Japon, revenons maintenant en Europe.
J'ai fait un saut récemment en Espagne, où je n'ai trouvé qu'une seule revue, Vinos de Espana (désolé, je n'ai pas la tilde sur mon clavier). Je
vous en ferai la critique quand je l'aurai lue, désolé pour le retard. Tout ce que je peux dire après avoir feuilleté ce numéro, est qu'il ne parle en effet que de vin espagnol. C'est certes un
grand pays de vin, mais il est dommage de ne pas sortir de ses frontières.
Passons en Allemagne, où j'ai acheté, le même jour, deux revues, Weinwelt et Alles über Wein. C'était vraiment pour comparer, car les sujets
traités étaient quasiment les mêmes, à quelques détails près ! Ah, le manque d'imagination des journalistes, qui leur fait aborder tous en même temps le même sujet au même moment.
Par contre, la façon d'aborder les thèmes est légèrement différente. je trouve Weinwelt beaucoup plus générale et superficielle que Alles über Wein, que je trouve plus complète, tout en restant
accessible. Tout comme la majorité des Français, la majorité des Allemands ne connaissent rien au vin. Le seule différence est qu'ils l'assument. Il y a toutefois beaucoup d'Allemands (comme de
Français) qui s'intéressent, sans être passionnés ni spécialement connaisseurs. C'est certainement l'immense majorité, d'ailleurs, et cette revue leur est parfaitement bien adaptée. Suffisamment
précise et complète, mais sans être inabordable, ce qui n'est pas toujours le cas des équivalents français.
En Grande-Bretagne maintenant, il existe principalement le Decanter, autoproclamée meilleure revue du vin dans le monde. Rien que çà ! Le format
et la présentation sont relativement proches de ceux de la RVF. On retrouve aussi quelques similitudes avec Alles über Wein.
C'est tout de même avant tout une revue sérieuse, avec de grandes signatures, telles que Steven Spurrier, Michael Broadbent, ou Jancis Robinson. Que du beau monde, l'establishment du mondu du vin
en Angleterre.
Les articles sont donc sérieux, documentés, honnêtes, et les sujets abordés sont diversifiés.
En France enfin, j'ai repéré deux magasines.
Le premier n'est pas un magazine à proprement parler. On ne le trouve même pas en kiosque. Il s'appelle Le Rouge et le Blanc, on ne le trouve que chez certains cavistes, et sur abonnement. A
raison de quatre numéros par an, il est complètement indépendant, et son comité de rédaction se compose d'amateurs, très passionnés et très compétents.
C'est un journal sans grands moyens, car ne pratiquant aucune sorte de publicité. Nous ne sommes donc pas sur du papier glacé, et les quelques photos sont en noir et blanc.
Les articles sont sans concession, défendant ouvertement un style de vin, de producteurs indépendants, respectueux de l'environnement, du terroir et du consommateur. Les articles sont écrits avec
beaucoup de sérieux, humilité, mais peuvent repousser le non connaisseur. En tout cas, une bonne source d'information, sans compromis, et au discours différent de celui que l'on peut lire partout
ailleurs.
Pour terminer, la fameuse Revue des Vins de France, ou RVF, sur laquelle il est bon de tirer à boulets rouges. Bien qu'étant abonné, je ne suis pas un aficionado, mais je reconnais qu'elle a su
évoluer depuis quelques années. Il y a une petite décennie, je trouvais qu'elle ne parlait que des grands noms du vin, que des valeurs sûres, c'est à dire les vins hors de prix qui font rêver
l'amateur qui ne peut se les payer. En dehors de la Romanée-Conti et d'Yquem, il ne semblait pas y avoir de salut.
Depuis, la RVF parle beaucoup plus de producteurs indépendants, va dénicher les vins moins connus. Elle a vraiment élargi ses centres d'intérêt.
Certes, on peut lui reprocher de surtout s'occuper des vins français. Une plus grande place aux vins étrangers ne me dépairait pas, mais on trouve de plus en plus de dossiers sur d'autres pays. A
suivre, et à développer.
Enfin, les signatures ne sont pas négligeables : des gens comme Michel Dovaz, Jean-Robert Pitte ou Olivier Poussier sont tout de même des personnes crédibles dans le monde du vin.
Quant au manque d'indépendance qui lui est reproché, je considère que c'est un procès abusif. Certes, la RVF fait partie du groupe Marie-Claire. Certes, elle vit de la publicité. Mais c'est le
cas de tous les journaux, de tous les magazines, quelque soit la matière, de faire partie d'un groupe et de vivre de la publicité. La RVF n'est ni meilleure ni pire que ses consoeurs, françaises
et étrangères, dans ce domaine.
Que l'on lise Géo, Auto Plus, L'Equipe, Le Monde ou Libération, que l'on écoute RTL, Europe 1 ou France Inter, et que l'on regarde TF1, M6 ou France Télévision, il y a toujours de la publicité,
un groupe financier, et surtout un conformisme incroyable, qui font aborder les mêmes sujets à la mode, de la même façon, et surtout, surtout, avec une autocensure démesurée.
La RVF est donc un magasine comme les autres, qui reste complet, sérieux, qui sait évoluer, même si, bien entendu, il est soumis à des contraintes financières et qu'il ne doit pas trop s'éloigner
de certains sentiers pour ne pas trop heurter son lectorat. Mais on retrouve exactement la même chose dans le Decanter, et le Wine Speculator fait bien pire à mes yeux.
En résumé, les revues que je conseille :
- La RVF, complète et sérieuse.
- The Decanter, son équivalent britannique, avec d'excellentes signatures.
- Alles über Wein, tout aussi sérieuse, mais davantage destinée aux amateurs moins avertis.
- Le Rouge et le Blanc, très sérieux, complètement indépendant, sans compromis, pour une vision alternative indispensable.