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Le blog du vin ET du Japon.

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Heinrich Himmler : DVD de Spiegel TV

Début novembre paraissait dans le Spiegel un dossier sur Himmler, avec ce DVD. Celui-ci retrace la vie de cette figure du IIIème Reich, responsable de la SS, organisateur de la lutte contre l'opposition à Hitler, responsable de système des camps de concentration, puis organisateur de l'extermination des juifs, notamment dans les camps d'extermination.

Ce DVD s'articule comme un documentaire classique, avec des documents d'époque commentés par une voie off, et l'interview, tout au long du film, de trois personnes : Peter Longerich, auteur d'une récente biographie du bourreau nazi, Katrin Himmler, petite nièce du même bourreau, auteur d'un livre sur sa famille, et enfin Lucille Eichengreen, seule survivante de sa famille, et qui retourne sur les traces de son martyre, de Hambourg à Bergen-Belsen, en passant par le ghetto de Lodz.

Qu'apprend-on à cette occasion ? Pas grand chose de nouveau, finalement, sur la vie privée et politique de cet "homme".

Sa vie est retracée, telle qu'on la connaît déjà. Naissance en 1900 à Munich, dans une famille bourgeoise, dont le père est professeur de lycée, conservateur et nationaliste, sans être particulièrement antisémite. Elève modèle, peu sportif et de santé fragile, il devient ingénieur agronome. Une enfance et une jeunesse somme toute très classiques.

Pendant la guerre, il ne peut rentrer dans une école d'officiers, mais parvient à devenir aspirant. Il ne participera toutefois pas aux combats. Après la guerre, comme bon nombre de jeunes allemands, il cherche à oublier l'humiliation de la défaite dans la participation à des groupes extrémistes. Encore du très classique pour cette époque.

Ensuite, de participation en participation, il finit par prendre la tête de la S.S., puis de la Gestapo, fonder le premier camp de concentration pour opposants politiques, à Dachau près de Munich, à éliminer la S.A. et ses responsables, dont Ernst Röhm, dont il était l'un des admirateurs.

On assiste là à l'ascension d'un homme au sein d'un parti politique, puis au sein d'un gouvernement, comme on peut en trouver à toutes les époques dans de nombreux pays.

Sur le plan purement privé, on nous dit qu'il épouse une femme plus âgée que lui, Margarete, dont il aura une fille, mais dont il se séparera, sans jamais divorcer, et qu'il aura deux autres enfants illégitimes. Avec ses proches, il passe pour quelqu'un d'humain, d'attentionné, et de très paternaliste avec ses subordonnés.

Mais une question demeure, qui ne trouvera bien entendu jamais de réponse : qu'est-ce qui a conduit ce personnage à ce délire antisémite, et à l'organisation méthodique et industrielle de l'élimination d'un groupe humain même pas gênant pour le régime (les Juifs étant un groupe de population comme les autres, et non un parti d'opposition).

Il faut en effet préciser les choses. Les Juifs, au cours de leur histoire, ont régulièrement été victimes de maltraitances, de la part de populations encouragées par les pouvoirs catholiques, protestants, ou bien orthodoxes. Mais un pogrom n'est autre qu'une action localisée, à une période donnée, contre un groupe minoritaire servant de bouc émissaire. On a vu également des exactions contre les catholiques dans la Russie orthoxe, ou de protestants par le pouvoir royal catholique français, par exemple. Ces actes, certes inacceptables, ont toujours existé.

L'action des Nazis est au contraire fort différente. Certes, lors de la nuit de christal, on peut encore parler de pogroms, les Juifs servant alors de catalyseur pour un peuple allemand en perdition. Mais après, on ne peut plus parler de bouc émissaire, car les exactions ne se passent plus en territoire allemand, et plus contre une population juive allemande.

A partir de 1941, on assiste à une chose unique dans l'histoire : l'élimination systématique, et presque prioritaire, des Juifs d'Europe centrale, sur les territoires russe, polonais, ukrainien, etc. Cette élimination n'est pas un phénomène localisé, servant de leurre ou d'intimidation, afin d'aider l'armée allemande à conquérir des territoires. C'est purement et simplement l'application d'une théorie délirante, défiant toute logique, et jouant finalement contre l'Allemagne nazie, car occupant des forces, des moyens logistiques, matériels, budgéraires, au moment où elle en aurait le plus besoin contre l'armée soviétique.

C'est là que vient la deuxième partie de la question, à savoir l'examen de la personnalité des coupables.

Finalement, qui sont les responsables nazis ?

Des personnages issus du peuple, et non pas des establishments de leur époque. Aucun noble, aucun patron d'industrie, aucun grand responsable politique ou religieux, même si ces derniers ont pu apporter leur soutien à certains moments. En tout cas, pas des personnages destinés à occuper le pouvoir.

Des gens sans grand bagage intellectuel, pas plus intelligents que la moyenne, donc en aucun cas des intellectuels brillants, qui se seraient trouvés en décalage avec la réalité du pouvoir. Goebbels est certes docteur en philosophie, mais dans l'ensemble, les principaux responsables nazis ne font pas partie de l'élite intellectuelle allemande.

Si l'on regarde les origines maintenant, on ne voit pas beaucoup d'Allemands de souche, remplissant les critères de l'aryanité : Hitler, petit brun autrichien ; Himmler, Bavarois souffreteux ; Rudolph Hess, né en Egypte de mère d'origine anglaise ; Goering, enfin, également Bavarois, obèse et morphinomane.

Le choc de la Première Mondiale. Certes, cette guerre a forcément traumatisé les personnes qu'ils l'ont vécue, directement ou indirectement. Mais là encore, Himmler ou Hitler ne l'ont pas vécue de façon particulière, et surtout, ils l'ont vécue chacun de façon fort différente, comme petit caporal combattant pour le second, et comme officier subalterne non combattant pour le premier.

Enfin, ces personnes ont pris le pouvoir dans un grand pays civilisé, ayant au cours des siècles développé une grande culture.

On a simplement des êtres moyens, progressivement gagnés par une folie meurtrière, dans un pays civilisé mais humilié, ayant perdu ses repères et ses valeurs, dans une époque traumatisée, qui essaie de panser ses blessures en se réfugiant dans des idéologies dévastatrices. Une alchimie improbable, un mélange quasiment impossible, mais qui a réussi à prendre, preque "miraculeusement", avec les conséquences que l'on sait, qui continuent à nous hanter.
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