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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 15:39

Il suffit de connaître un sujet, ou de regarder autour de soi pour généralement constater au moins un décalage, mais parfois des différences abyssales entre l'information qui nous est fournie par nos médias et notre propre ressenti, notre propre expérience, ou notre propre expertise.

Ce décalage peut prendre plusieurs formes. D'abord, une différence avec la réalité que nous percevons. Ce peut être aussi un manque de précision, de rigueur. Il peut s'agir ensuite d'une présentation accrocheuse, raccoleuse, qui fait passer l'essentiel, la réflexion, la nuance, derrière l'émotion. Enfin, dernière forme de décalage, le parti pris pur et dur, le jugement, sans réflexion, de la part de médias dont le rôle devrait être de nous informer, le plus justement, le plus honnêtement et le plus objectivement possible.

Je fais ce constat, d'une information mauvaise, voire d'une désinformation, dès lors qu'il s'agit de sujets que je maîtrise. L'exemple le plus flagrant, celui qui m'a conduit à un quasi divorce d'avec nos médias, s'est passé il y a 4 ans, soit en mars 2011. L'événement en question est le tremblement de terre du nord-est du Japon (appelé au Japon grande catastrophe sismique du Tôhoku), suivi par un tsunami ravageur et meurtrier, toujours dans le nord-est du Japon, et de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima 1.

Après deux jours à peine passés sur le tsunami, nos médias se sont concentrés sur Fukushima, où ils n'étaient pas, ce qui a entraîné d'une part un amoncellement d'approximations et de stupidités sur la catastrpohe nucléaire, et d'autre part un abandon total du drame qui s'était produit dans les régions dévastées par le tsunami. J'en ai pour preuve que l'on parle toujours du tsunami de Fukushima, en occultant totalement ce qui s'est passé dans les autres régions, à savoir la destruction de quartiers entiers, et les 18 000 morts qui s'en sont suivis.

Peut-on parler de désinformation ? Personnellement, je parlerais d'information partielle, raccoleuse, entraînant une désinformation indirecte, pas forcément volontaire.

 

Aujourd'hui, je retrouve cette désinformation sur un sujet dramatique, l'Ukraine. Au début, j'ai suivi les événements de loin, me réjouissant qu'un peuple aspire à la démocratie. Puis soudain, le son a cessé de correspondre à l'image. Les journalistes parlaient de manifestations pacifiques, je voyais des flammes partout, de la violence.

 

Comme tout le monde, j'ai été choqué que des manifestants soient tués par la police. Par la suite, lorsque d'autres personnes, tout aussi respectables que les premières, ont manifesté contre le nouveau gouvernement, j'ai été étonné que nos médias s'en scandalisent, alors qu'il s'agissait tout autant de la volonté d'un peuple.

Lorsque des manifestants ont été brûlés à Odessa, j'ai été révolté, mais j'ai aussi été révolté de constater que nos médias ne s'en offusquaient pas.

Lorsque le peuple de Crimée s'est prononcé par référendum, j'ai été également fort surpris de constater que nos médias désapprouvaient une décision démocratique - plus démocratique d'ailleurs qu'une manifestation, la démocratie s'exerçant dans les urnes, pas dans la rue.

Puis est venue la guerre, forcément relatée à sens unique. Au milieu de cette guerre, un avion est tombé, "probablement abattu par les rebelles", dixit Le Monde, nous en avions les preuves, mais finalement elles n'ont jamais été fournies. Les accusations, elles continuaient.

Dernièrement, je suis tombé sur deux titres de journaux, révélateurs à mon sens du parti pris de notre presse.

D'abord, dans le Parisien : "Poutine défie le monde". Comme on peut le constater depuis que Poutine est au pouvoir, il n'a agressé aucun pays, si l'on met à part les incidents de Géorgie, et n'a pas mené de guerre en dehors de ses frontières, contrairement à la France, par exemple. Mais il défie le monde.

Le monde ? Quel monde ? L'Afrique ? L'Océanie ? L'Asie ? Le Moyen-Orient ? L'Amérique du Sud ? Non, il est juste en désaccord avec l'Union Européenne et les Etats-Unis, c'est tout. Il défie donc peut-être une bonne vingtaine de pays, mais ceci n'est pas le monde.

Autre exemple, pêché dans 20 Minutes (Oui, je sais, je ne fais pas dans la haut de gamme, mais ce ne sont que des exemples) : "Ukraine : L'OTAN confirme la mort de soldats russes. Jusque-là la Russie avait toujours démenti la présence de ses soldats en Ukraine. Une théorie démontée jeudi par l'OTAN qui a assuré que de nombreux "soldats russes se battent et meurent en grand nombre dans l'est de l'Ukraine". Le conflit dure depuis plus d'un an."

Certes, le texte est court, mais il concentre en très peu de lignes une somme énorme d'éléments discutables. Si je résume bien cet article, les accusations précédentes concernant la présence de soldats russes en Ukraine n'ont jamais pu être étayées (accusations portées par les autorités de Kiev et par la même OTAN, et jamais confirmées par les observateurs, notamment de l'OSCE, présents sur place).

Or, les dénégations de Moscou ne semblent plus tenir. Notons le terme, qui est fort : il s'agit d'une théorie (alors que j'emploierais plutôt le terme d'allégation), et elle est tout simplement démontée, c'est à dire qu'elle est tellement faible, et les nouveaux éléments fournis par l'OTAN tellement forts et probants, que la théorie ne peut plus tenir un seul instant. Nous noterons au passage que les accusations portées par l'OTAN jusqu'à présent n'étaient pas étayés.

Seulement voilà, en fait d'éléments nouveaux et cette fois-ci probants, nous avons juste affaire à une nouvelle affirmation de l'OTAN, comme hier, avant-hier, le mois précédent. Donc il n'y a absolument rien de nouveau. Nous attendons toujours les preuves. En effet, les moyens techniques de nos armées sont tels aujourd'hui, qu'il n'est pas possible que des milliers (nombre avancé par l'OTAN dans d'autres déclarations) de soldats russes ne puissent être filmés ou photographiés. Nous avons bien sur nos écrans des images de DAESH, Boko Haram, ou autres groupes plus éloignés géographiquement et moins identifiables. Toutefois, sur la présence de soldats russes en Ukraine, une nouvelle fois, rien n'est démontré. Donc rien n'est démonté.

D'autant qu'il s'agit de soldats russes, et non pas forcément de l'armée russe. Rien ne dit que ces soldats ne sont pas des volontaires partis de leur plein gré, comme il existe des militaires français volontaires (d'après un article lu dans Courrier International, au mois d'août dernier, je crois).

Il s'agit à nouveau d'une accusation de l'OTAN, sans fondement apparent. Je répète, cette affirmation vient de l'OTAN, et elle présentée par nos journalistes comme un élément nouveau venant d'un organisme qui serait neutre et impartial, alors qu'en l'occurence, l'OTAN est à la fois juge et partie, et n'a finalement rien à faire dans ce conflit, qui ne touche aucun de ses membres. La position de l'OTAN n'a aucune importance, et ne devrait même pas être relayée.

Pour résumer, ce journal relate une affirmation non fondée et non prouvée, venant d'un organisme partisan, comme s'il s'agissait d'une preuve. Ne s'agit-il pas d'une faute grave de la part de ce journal ?

Dernier point, qui me semble important : comment l'OTAN aurait pu avoir connaissance du fait que des soldats sont morts ? Certes, des satellites peuvent nous montrer de façon assez précise (même si les méprises ne sont pas rares) des colonnes de blindés en progression, mais pour constater la présence de soldats morts, il me semble qu'il faut être sur le terrain.

Donc soit l'OTAN ment, soit l'OTAN est effectivement sur le terrain. Dans ce cas, elle ferait exactement ce qu'elle reproche à la Russie, et elle violerait par là même les accords de Minsk 2. Certes, elle ne les a pas signés, mais d'une part Proschenko, qui les a signés, devrait exclure l'OTAN des zones de combats, et d'autre part, une organisation affirmant défendre la paix devrait respecter un accord de cessez-le feu, même si elle ne l'a pas signé, qui plus est dans une zone qui ne fait pas sous son contrôle.

Certains pourront faire observer que cet article provient d'un journal gratuit, dont le niveau de professionnalisme n'est pas forcément très élevé, mais je peux lire ou entendre de tels affirmations, certes mieux enveloppées, sur l'ensemble de nos médias, comme Le Monde ou Radio France.

Face à une information aussi médiocre et malhonnête, et aussi répandue, il est difficile de savoir à qui se fier. Il faut alors chercher sur internet, mais en passant du temps pour faire le tri, l'information neutre ou du moins critique étant souvent perdue au milieu de la propagande d'extrêmistes et de conspirationnistes (ce sont parfois les mêmes). Le but n'est bien évidemment pas de retomber dans la propagande et la malhonnêteté.

J'entends souvent dire que la presse traditionnelle est en déclin, que les journaux voient leurs tirages diminuer, et que la raison en serait la concurrence d'internet, qui permet un accès gratuit à l'information. En réalité, la concurrence d'internet n'est pas tant d'ordre technologique et financière. Internet, malgré ses limites évidentes, malgré ses excès, permet (mais ne donne pas forcément) une information de meilleure qualité, et surtout plus diversifiée (toujours à condition de pouvoir faire le tri).

Dès lors que les journalistes ne font plus leur travail, ou le font très mal, d'autres prennent le relai, certains faisant pire, d'autres beaucoup mieux. Après tout, la réflexion n'est pas l'apanage d'une profession, et le partage des connaissances et des expériences peut conduire à des choses très positives.

La presse se meurt, hélas, mais elle n'est pas tuée par internet. Il s'agit plutôt d'un suicide. Espérons qu'elle arrive à se resaisir et qu'elle n'expire pas à Donetsk ou Louhansk.

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