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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 15:40

Au sujet de la libéralisation des droits de plantation de vigne, mesure proposée par l'Union Européenne, les commentaires sont, en France, pour l'essentiel négatifs. Il semble même acquis que cette mesure ne peut être que négative.

 

Le numéro de mai 2012 de la RVF a toutefois laissé entendre une voix discordante dans ce concert de protestations : celle de Michel Rolland, le célèbre oenologue. Je retranscris ici texto son argumentation en faveur de la libéralisation : "C'est une très bonne chose. Tout ce qui est régi par la contrainte est ennuyeux. Les droits de plantation, c'est un pouvoir que l'on accorde à des gens qui ignorent comment çà marche, en l'occurence l'administration. Bien sûr, la libéralisation amènera son lot de filous, mail il y a aussi des grugeurs dans le système actuel, théoriquement contrôlé."

 

L'argumentation est courte, quelque peu simpliste, mais elle a le mérite de proposer une autre vision, et peut donc servir de base à une réflexion plus aboutie.

 

Que redoute t-on dans la libéralisation des droits de plantation ? Tout simplement que les plus gros plantent n'importe quoi n'importe où, abaissant ainsi le niveau qualitatif et éliminant les petits. Cette vision est également on ne peut plus simpliste.

 

Quelque soit le système choisi, il devrait en réalité viser les buts suivants :

- Assurer un niveau qualitatif des vins (français en ce qui nous concerne).

- Assurer un revenu satisfaisant aux vignerons, quelque soit leur taille et leur structure.

- Assurer à la France une compétitivité face à la concurrence.

 

Dans le système actuel, il est clair que les deux derniers objectifs ne sont absolument pas remplis. En dehors de quelques stars non représentatives, les parts de marché des vins français ne sont pas en augmentation, et nombreux sont les petits vignerons dont la production de qualité n'arrive pas à se faire reconnaître. En conséquence, ces vignerons n'arrivent pas à vivre correctement d'un travail de qualité, mais épuisant.

 

Quant à la qualité, est-elle actuellement au rendez-vous ? La réponse est bien entendu à nuancer fortement, la qualité des vins français couvrant tout le spectre, du fort mauvais au plus sublime.

 

Pesonnellement, en tant que consommateur, extérieur à la profession du vin, je pense que la discussion autour des droits de plantation doit s'engager en abandonnant l'esprit de défensive et de repli sur soi qui règne bien souvent dans notre pays.

 

On pourrait par exemple s'orienter vers les tendances suivantes.

 

D'abord, accorder la gestion des droits de plantation non pas à l'administration, généralement peu compétente et très souvent rigide, mais aux intéressés eux-mêmes, les viticulteurs. Après tout, qui sait mieux qu'un producteur ce qu'il faut planter, où et comment ?

 

Pour cela, il serait nécessaire de réformer l'organisation des instances viticoles représentant de façon équilibrée tous les types de structure de production existants, du plus petit producteur au plus gros négociant. C'est peut-être une utopie, mais cela obligerait la profession à être plus unie, et à ne plus considérer le voisin comme l'ennemi à abattre. Les querelles de clocher seraient à remiser au rang de l'histoire ancienne, ce qui serait salvateur pour l'ensemble du milieu.

 

Il conviendrait ensuite de donner à ces instances des objectifs clairs et constructifs : respecter l'équilibre évoqué ci-dessus, les plus gros tirant les plus petits vers le haut. Un autre des objectifs principaux serait bien évidemment la recherche de la qualité.

 

Pourquoi ne pas imaginer dans un second temps que ces instances fonctionnent comme une structure de solidarité, permettant à de jeunes vignerons de s'installer en louant ou achetant des vignes, anciennement ou récemment plantées ? Ces instances créeraient alors un équilibre dans la profession, entre un système fermé et forcément sclérosé, donc vulnérable à la concurrence étrangère, et un système au contraire très ouvert, où les plus gros feraient la loi en éliminant une concurrence qualitative.

 

La viticulture française aurait tout à gagner d'un tel système, qui ne serait malgré tout pas suffisant pour sauver ce secteur. Il faudrait aussi réformer de nombreux freins à l'activité, comme la fiscalité, le droit du travail, et toutes ces législations inutilement contraignantes. Je ne prône pas un libéralisme absolu, mais des règles plus simples, favorisant ceux qui fournissent un travail de qualité.

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